Vendredi 25 septembre

La clarification

Après les malentendus du sommet de Bruxelles, le premier ministre précise ses positions sur la crise migratoire

Le premier ministre bulgare s’est perdu non seulement dans la traduction mais aussi dans le contenu : c’est avec ce commentaire que Mediapool revient sur le malentendu concernant l’éventuelle construction d’un hot spot sur le territoire bulgare. « Sans le vouloir, Borissov a [assimilé] la Bulgarie à un centre de réfugiés », titre le site. La Bulgarie a récusé les informations relatives à l’éventuelle construction d’un tel centre, mais les propos de la chancelière allemande Angela Merkel, selon laquelle le pays en réclamerait un (revue de presse d’hier) ont suscité de vives réactions en Bulgarie.

Les publications des médias allemands, reprises par les médias bulgares, selon lesquels, citant Mme Merkel, la Bulgarie « a déclaré son empressement à voir construire un hot spot sur son territoire », ont suscité des réactions négatives à Sofia, écrit Sega. L’opposition au parlement a réagi vertement. Le leader du groupe parlementaire du PSB Atanas Merdjanov s’est indigné que les députés soient de nouveau contraints à prendre connaissance des initiatives bulgares par Bruxelles.

Krassimir Karakatchanov, co-leader du Front patriotique (parti parlementaire soutenant le gouvernement) a qualifié l’éventuelle possibilité d’avoir un hot spot sur le territoire bulgare de « la chose la plus déraisonnable et irresponsable que ce gouvernement puisse faire » et a menacé de demander la tenue d’un referendum sur ce sujet.

Le service de presse du gouvernement a réagi en expliquant qu’il s’agit d’une mauvaise traduction des propos de la chancelière allemande et a envoyé sa propre traduction - non pas du début des propos de Mme Merkel, mais de sa réponse à une question d’un journaliste allemand. La chancelière s’était bornée à dire ceci : la Bulgarie a souligné le fait qu’elle a une frontière commune avec la Turquie, qu’elle est soumise à une énorme pression migratoire. Si le pays exprime sa volonté de construire un tel hot spot, alors il obtiendra le même soutien que celui accordé à l’Italie et à la Grèce. Mme Merkel avait souligné également que l’UE ne peut imposer une telle décision à Sofia.

Eva Paounova, eurodéputé et membre du GERB, aux côtés du premier ministre à Bruxelles, assurait pour lui la traduction. Elle a réagi en expliquant que, lors de la réunion, la question d’un hot spot en Bulgarie n’a jamais été évoquée. Selon elle, ces centres seront situés hors du territoire de l’Union. Un journaliste lui a alors demandé si ses propos veulent dire que Mme Merkel a menti en disant que Sofia a demandé un tel centre. L’eurodéputé a alors répété qu’elle n’est pas informée d’une telle initiative bulgare, raconte Mediapool.

Le service de presse a nuancé en essayant d’expliquer qu’il s’agit d’un malentendu et d’un décalage dans la compréhension du sens de l’expression hot spot (point chaud) : pour l’UE, il s’agit d’un centre chargé de l’enregistrement, de l’orientation et du retour éventuel des déboutés du droit d’asile, tandis que le premier ministre bulgare a utilisé cette expression comme métaphore pour la pression migratoire subie par le pays, écrit Sega.

Lors d’une conférence, le premier ministre a expliqué hier que ses propos ont été sortis de leur contexte et qu’il avait juste posé une question rhétorique : serait-il nécessaire que 200 à 300 000 migrants traversent la frontière bulgare pour « que je demande une réunion extraordinaire du Conseil et pour voir la Bulgarie comme un point chaud (hot spot) ? » (revue de presse d’hier).

Dans une interview pour BTV ce matin M. Borissov a voulu voir dans cette polémique une « attaque contre moi sérieusement planifiée. Heureusement que la chancelière Merkel, le chancelier autrichien et tout le monde à Bruxelles ont bien expliqué de quoi il retourne ». M. Borissov a accusé certains médias, sans les nommer, de créer des scandales.

En remerciant Mme Merkel pour sa compréhension, le premier ministre a expliqué que les propos de la chancelière voulaient dire que l’Union européenne est prête à aider la Bulgarie en cas d’augmentation de la pression migratoire, mais qu’une telle procédure prendra beaucoup de temps. « Je n’ai pas demandé l’aide de l’Allemagne, car ce n’est pas indispensable pour le moment. Espérons que [ce besoin] n’arrivera jamais. Nous ne voulons pas ces milliards [d’euros] pour accueillir des réfugiés. » M. Borissov a mis les points sur les i : « Voulons-nous ces fameux 6 000 euros par réfugié ? Est-ce que vous voulez qu’ils viennent chez nous, pour que l’on reçoive cet argent ? Nous ne voulons pas. C’est pour cette raison que nous faisons tous ce travail, nous construisons cette clôture, que nous avons envoyé l’armée à la frontière, que nous déployons la police aux frontières dans le pays, que nous entretenons les réfugiés qui ont traversé d’une manière légale notre frontière. ».

A la question de la BTV sur un éventuel référendum portant sur l’accueil des réfugiés, M. Borissov a répondu : il n’est pas nécessaire, car il est clair que la population y est opposée. « Les gens ont peur et moi aussi j’ai peur », a avoué le premier ministre. (tous journaux, dnevnik.bg, mediapool.bg, btv.bg)

Le commentaire

L’Europe en échec face à la crise des migrants

Les résultats du dernier sommet de l’UE pour les réfugiés qui s’est tenu mercredi dernier à Bruxelles ont une fois de plus démontré l’incapacité de l’Europe à faire face aux problèmes les plus graves. Ce conseil extraordinaire a laissé l’impression d’une Europe qui se fissure, se comporte de manière chaotique comme si elle souffrait d’une panne. Une image en décalage parfait avec la statue d’Europe montant un taureau devant la Commission européenne. Ce sommet n’a donné lieu qu’à des phrases usées et à de vaines promesses. Mais pouvait-on s’attendre à ce que l’Union aille au-delà, s’interroge l’analyste allemand Bernd Riegert sur le site en bulgare de Deutsche Welle.

Certes, cette fois-ci, les chefs d’Etat et de gouvernements ne se sont pas accusés l’un l’autre et ont su baisser la tension. Le président du Conseil européen, Donald Tusk a dû reconnaître qu’ils n’avaient pas résolu la crise.
Les pays au Sud de l’Europe se plaignent d’avoir été abandonnées par ceux du Nord. Ceux de l’Est sont mécontents de se voir imposer contre leur volonté des décisions par la majorité qui les oblige à accueillir et à réinstaller des réfugiés en provenance de Grèce et d’Italie. La Hongrie se sent trompée par la Grèce qui laisse passer les réfugiés. Et la générosité dont la chancelière allemande Аngela Merkel fait preuve en souhaitant la plus cordiale des bienvenues en Europe à tous les réfugiés ne suscite que des critiques. La Hongrie, soutenue par M. Tusk, est d’ailleurs loin d’être la seule à les adresser.

Arriver à maîtriser la situation d’ici novembre par la mise en place en Grèce et en Italie de gigantesques centres d’accueil de réfugiés est une grande aventure. Celle-ci suppose que l’entrée des réfugiés ne se fasse que par lesdits « points chauds ». Construire tout cela et convaincre les Etats à renoncer à la souveraineté de leurs frontières implique de très grands efforts, des actions communes européennes pour la protection des frontières. Bref des années de travail si l’aventure s’avère possible.
Résoudre la crise des réfugiés en éradiquant les causes à l’origine de celle-ci, à savoir les guerres dans le Proche-Orient ou la pauvreté en Afrique, serait l’idéal mais ne rencontre pas l’unanimité en Europe.

Enfin, la décision d’assurer suffisamment de financements aux agences pour les réfugiés de l’ONU еt aux pays de la région la plus touchée par la crise, de manière à assurer la survie des millions de réfugiés en Turquie, en Jordanie, au Liban et en Irak, demeure le seul résultat tangible du Conseil. Cependant, cette décision n’a été prise qu’après les appels insistants de la part de l’ONU. Trop tard même si mieux vaut tard que jamais, conclut l’analyste allemand.

En Bulgarie, les analystes commentent peu le sommet mais lorsqu’ils le font ils soutiennent la même thèse. « Des clivages entre les pays de l’Est et de l’Ouest, les petits et les grands, les plus touchés et les pays aux avant-postes de l’Europe, commencent à s’insinuer. Le fait que la répartition des quotas a été adoptée à la majorité qualifiée démontre l’impuissance de l’Europe à parvenir à un consensus et à une position commune », affirme Lioubov Panayotova, directrice de l’Institut d’études européennes, dans une interview à la radio nationale (BNR).Mme Panayotova salue tout de même la décision de renforcer les frontières extérieures de l’Europe et de dissuader les promoteurs du rétablissement des frontières à l’intérieur de l’espace Schengen. Elle considère qu’il serait logique que l’un de ces centres de répartition de réfugiés se situe en Bulgarie, dans la mesure où l’une des routes de la migration passe par la Bulgarie, qui pourra ainsi faire preuve de sa capacité à traiter les demandes d’asile et reconduire à la frontière les migrants économiques. (Standart, Troud, http://www.dw.com/bg/ ; bnr.bg)

L’entretien

Tchetin Kazak : les élections municipales vont faire du MDL la deuxième force politique dans le pays

Dans un entretien accordé à Sega, le député MDL Tchetin Kazak, aborde plusieurs sujets chauds de l’actualité politique et le rôle de plus en plus prégnant de son parti au parlement.

C’est en signe de bonne volonté que le MDL a soutenu le projet de révision de la Constitution lors de la première lecture, affirme-t-il d’emblée (

). Mais ce soutien n’est pas inconditionnel. Il y a des dispositions qui contredisent la Constitution et ils doivent être revus et précisés entre les deux lectures sans qu’on touche pour autant à l’étendue des amendements. Il faut affirmer mieux encore l’indépendance de la justice.

Selon M. Kazak, la répartition proposée des procureurs et des juges au sein du CSM [Ndr : selon un quota politique et un quota, professionnel, voir notre revue du 25 mai) ne garantit pas leur indépendance vis-à-vis des politiciens. La position du MDL reste inchangée : la prédominance des membres élus sur le quota professionnel devrait être assurée dans les deux collèges, procureurs/instructeurs et juges, dont sera formé le futur CSM. 

Concernant le scrutin à main levée au sein du CSM, proposé par le ministre de la justice mais vivement critiqué par le MDL et le procureur général (bien que ce dernier semble revenir sur ses positions, à en juger par les prises de position les plus récentes), M. Kazak réitère que cette façon de voter, au lieu de résoudre les problèmes des dépendances politiques, ne fera que les approfondir. D’autres propositions d’amendements, portant notamment sur l’audition du procureur général par le parlement, la voix consultative du ministre de la justice sur les nominations de magistrats, le droit des juridictions de saisir la Cour constitutionnelle sont également jugées comme imparfaites et, donc, nécessitant des clarifications.

Par ailleurs, M. Kazak se dit certain que les élections municipales en octobre repositionneront les forces sur l’échiquier politique. L’objectif minimal du MDL est de préserver ses positions dans les collectivités locales, mais il ne cache pas son ambition de se hisser à la deuxième place parmi les forces politiques du pays. Le suffrage sera la pierre de touche qui montrera la valeur de chacun. Reste à savoir quel effet cela produira sur la formule du gouvernement au niveau national. Le MDL a trop souvent appelé le premier ministre Borissov à se séparer de cette entité « anti-européenne » qu’est le Front patriotique, mais de là à conclure que le MDL brigue sa place pour entrer au pouvoir serait trop spéculatif, conclut le député. (Sega)

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Dernière modification : 25/11/2016

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