Vendredi 26 juin

Le va-et-vient

Le ministre de la défense s’embrouille dans l’affaire du déploiement de matériel de combat américain en Bulgarie

Les spéculations liées au déploiement de matériel de combat américain en Bulgarie font partie de la guerre de propagande contre la Bulgarie. Elles sont utilisées par des partis politiques qui ne travaillent pas en faveur de l’intérêt national, a déclaré le ministre des affaires étrangères Daniel Mitov dans une interview pour Nova TV, reprise par les médias en ligne. Il a ajouté que chaque exercice militaire de l’OTAN sur le territoire bulgare suscite des spéculations et des débats. M. Mitov a souligné de nouveau que le déploiement de forces américaines se ferait uniquement dans le cadre d’exercices militaires.

Ces propos du chef de la diplomatie visaient à remédier à une gaffe du ministre de la défense, souligne la presse. M. Nikolaï Nentchev n’en est pas à sa première bourde. En début de semaine, réagissant aux propos du secrétaire américain à la défense Ashton Carter, selon lesquels six pays, dont la Bulgarie, avaient approuvés des accords bilatéraux à conclure avec les Etats-Unis dans le domaine militaire, le ministre avait déclaré que la Bulgarie n’avait pas reçu de proposition officielle de déploiement de matériel de combat. Un peu plus tard, M. Mitov était intervenu pour expliquer que le déploiement de matériel lourd américain en Bulgarie s’imposait dans le cadre des exercices conjoints convenus lors du sommet de l’OTAN au Pays de Galles (voir la revue de presse du 24 juin).

M. Nentchev a entamé une série de propos contradictoires, analyse Sega. En 24 heures, il a réussi à démentir les propos de M. Carter, puis à publier une position identique à celle de M. Mitov (objet de moqueries, car elle était complètement opposée à sa première réaction) et ensuite à publier un troisième communiqué, qui corrige le deuxième. Avec ce comportement, le ministre est entré en « guerre hybride » avec lui-même, car « ce va-et-vient est la meilleure illustration de son travail », ironise le journal. Selon Sega, en un peu plus de 6 mois, M. Nentchev a fait tellement de gaffes que la question de sa démission ressurgira sans doute à nouveau.

Le journal revient aussi sur l’idée du ministre de régler la situation critique dans l’aviation de combat bulgare en l’absence de ressources pour l’entretien des avions russes en sollicitant l’aide des pays membres de l’OTAN. Le journal entrevoit dans cette proposition une décision implicite de mettre fin à l’exploitation des avions russes, alors que les experts les jugent exploitable pour encore un certain temps. Le président de la République Rossen Plevneliev et le premier ministre Boïko Borissov se sont opposés à une telle solution et ont souligné la nécessité que la Bulgarie continue à garder elle-même son propre espace aérien. Selon M. Borissov, l’achat de nouveaux avions de chasse n’est pas encore à l’ordre du jour, mais M. Plevneliev a insisté pour que la modernisation des MIG 29 soit effectuée parallèlement à l’ouverture d’une procédure d’achat de nouveaux chasseurs, écrit Mediapool.

Selon Sega, la proposition de M. Nentchev n’a pas été coordonnée avec les dirigeants des forces aériennes bulgares pour cause : personne ne pourrait à une telle destruction des forces aériennes nationales et à une telle dégradation de la sécurité nationale. Cette dernière proposition du ministre de la défense va au-delà du comique de ses gaffes de début de mandat qui avaient été mises sur le compte de son manque d’expertise. Ce journal conclut en qualifiant les dernières décisions du ministre comme dangereuses pour le pays. (Sega, dnevnik.bg, Mediapool)

L’expulsion

Un haut dignitaire russe expulsé de Bulgarie, annoncent des medias étrangers

Vladislav Sourkov (51 ans), conseiller du président russe Vladimir Poutine et ancien vice-premier ministre (2011-2013), aurait été expulsé de Bulgarie et frappé d’une interdiction à vie d’entrée dans l’espace Schengen, annoncent des médias bulgares en se référant à des publications dans le journal allemand Bild et à des sites en ligne ukrainiens.

Le nom de M. Sourkov figure depuis mars 2014 sur la liste de sanctions des Etats-Unis, mais aussi sur celle de l’Union européenne, parmi beaucoup d’autres noms de personnes ; considérées comme proches du président Poutine, à qui l’entrée sur le territoire américain ou européen est interdite.

Selon Mediapool et Pressa, un visa aurait été délivré au politicien russe pour des raisons humanitaires. Prétextant une grave maladie, il serait entré sur le territoire bulgare pour se faire soigner, mais y aurait eu en fait des rencontres d’affaires. Interrogés par Pressa, le ministère bulgare de l’intérieur et l’Agence nationale de la sécurité nationale (DANS) se sont refusés à tout commentaire. Le ministère des affaires étrangères a réfuté pour sa part cette information en précisant que M. Sourkov n’avait pas formellement demandé aux autorités bulgares d’entrer dans le pays pour des raisons humanitaires.

D’après des sources russes, citées par Pressa, Vladislav Sourkov serait actuellement en charge, en tant qu’adjoint au président russe, des relations avec l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Avant cela, couvrant les relations avec l’Ukraine, il aurait répondu du montage financier de la campagne électorale du président Vladimir Yanoukovytch et, plus tard, du départ précipité de celui-ci de Kiev. Récemment, le président actuel d’Ukraine, Piotr Porochenko, l’avait accusé d’avoir dirigé les «  groupes de tireurs d’élite étrangers » qui tiraient sur des protestataires lors des manifestations sur le Maïdan. D’après les sites newssky.com.ua et onpress.info, M. Sourkov, « curateur des terroristes de Donbass », aurait participé à un grand nombre de missions secrètes dans les républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk. (Pressa, Standart, 24 Tchassa, mediapool.bg)

Le rapport

Freedom house : la Bulgarie, une « démocratie à demi-consolidée »

L’ONG américaine Freedom House, créée en 1941 dans le but « d’aider au développement des libertés dans le monde », publie chaque année depuis 2001 un rapport sur les « nations en transition  » qui se présente comme « la seule étude complète, comparative, et multidimensionnelle de la réforme dans les anciens pays communistes d’Europe et d’Asie centrale ». L’édition 2015 de ce rapport, mise en ligne en début de semaine sur le site de l’ONG, s’intitule : Nations in Transit 2015 : Democracy on the Defensive in Europe and Eurasia (Nations en transition 2015 : la démocratie sur la défensive en Europe et en Eurasie). Ce document propose un bilan des évolutions des 29 pays et régions administratives étudiés au cours de l’année 2014, qu’il classe en cinq catégories : démocraties consolidées, démocraties à demi-consolidées, gouvernements de transitions et régimes hybrides, régimes autoritaires à demi-consolidés, régimes autoritaires consolidés. L’examen de sept critères (processus électoraux, société civile, médias indépendants, gouvernance démocratique nationale, gouvernance démocratique locale, cadre judiciaire et indépendance, et corruption) aboutit à une évaluation quantifiée dans laquelle la note 1 représente le niveau de progrès démocratique le plus haut et la note 7 le degré maximal d’autoritarisme. Les deux pays les mieux classés cette année sont la Slovénie et l’Estonie (avec respectivement les notes d’1,93 et 1,96) tandis qu’avec un note de 6,93, le Turkménistan et l’Ouzbékistan sont derniers ex aequo.

Comme chaque année depuis 2003, la situation régionale se dégrade et douze pays ont vu leur note baisser l’an dernier, alors que seuls quatre progressent. La Hongrie est même dégradée de la première à la deuxième catégorie. Freedom House s’inquiète de la montée en puissance de la corruption, des partis extrémistes et des abus de pouvoir qui laissent le champ libre à l’intervention de la Russie (elle-même classée 24e, dans la dernière catégorie, et dont la dégringolade depuis 2001 est la plus spectaculaire des 29 cas étudiés). Le rapport décrit des attaques renouvelées de la part des régimes autoritaires qui présentent la démocratie comme dangereuse et prennent comme repoussoir l’Ukraine, classée 18e, seul pays à connaître une progression sensible avec une note qui s’améliore sur quatre critères. L’ONG appelle l’Union européenne à faire davantage pour montrer l’exemple et à s’unir pour maintenir la transparence et la responsabilité des gouvernements dans tous les Etats membres.

La Bulgarie est classé comme une démocratie à demi-consolidée, avec la note de 3,29 sur 7, en 9e position sur la liste des 29 pays étudiés, juste derrière la Hongrie et devant la Roumanie et la Croatie, qui est l’Etat membre de l’UE le moins bien noté. La situation de la Bulgarie s’est légèrement dégradée depuis 2013 : dans le précédent rapport, elle figurait dans la même catégorie, mais avec une note de 3,25 sur 7. L’ONG ne retient pas d’amélioration dans aucun des sept domaines qu’elle étudie, dégradant même la note de la Bulgarie en matière d’indépendance de la justice, avec un score de 3,50 sur 7. Le rapport prend ainsi comme exemples de dysfonctionnement du système judiciaire les récents scandales liés à la faillite de la banque KTB et à la mise en examen inconstitutionnelle du Président Plevneliev. Néanmoins, le rapport met en avant des progrès notables dans la consolidation des institutions démocratiques bulgares et rappelle l’entrée de la Bulgarie dans l’OTAN et dans l’Union européenne et dans l’OTAN, en 2004 et 2007 respectivement. La tenue d’élections nationales et locales libres et sans incident majeur représente un progrès majeur.

Sont pointés du doigt le manque de stabilité politique du pays et la faiblesse des institutions démocratiques, en particulier le système judiciaire, le manque de confiance de la population dans ce système et les discriminations auxquelles sont confrontées les minorités ethniques. Le niveau de corruption reste préoccupant (4,25 sur 7), comme la collusion entre les élites politique, économique et médiatique rendue visible par le conflit entre MM. Peevski, propriétaire de plusieurs média influents et Tsvetanov, ancien propriétaire de la banque en faillite KTB, aujourd’hui en fuite en Serbie. Du côté de la société civile, les initiatives citoyennes qui ont émergé pendant les manifestations de 2013, à la suite de la nomination de M. Peevski à la tête de l’agence d’Etat de sécurité nationale (DANS), représentent un signe encourageant, mais sont contrebalancées par la xénophobie et la prégnance des discours de haine envers les minorités ethniques et les migrants dans l’espace public. La liberté, la diversité et la qualité de la presse bulgare restent compromises par la dépendance économique envers des oligarques, l’absence d’impartialité et d’objectivité et la concentration de la propriété des média (voir la revue de presse du 24 juin). Enfin, les institutions locales (communes) ont gagné en importance mais n’ont ni les ressources financières, ni la capacité juridique de mettre en œuvre des réalisations majeures ; elles sont mal équipées pour réagir en cas de crise, comme l’a montré la gestion difficile des inondations de l’été 2014. Les attentes et les défis sont nombreux pour l’année 2015, avec des élections locales prévues pour octobre et une réforme judiciaire sur laquelle la coalition actuelle est attendue au tournant.(https://freedomhouse.org/sites/default/files/FH_NIT2015_06.06.15_FINAL.pdf)

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Lundi 29 juin
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Dernière modification : 26/06/2015

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