Vendredi 27 mars

LE CADEAU

QUI DRESSE LE PROFIL DU NOUVEAU GOUVERNEUR DE LA BANQUE CENTRALE ?

Le gouverneur de la Banque nationale de Bulgarie (BNB), Ivan Iskrov, qui avait défié il y a quelques jours les députés en les sommant d’ouvrir la procédure de nomination de son remplaçant (« Je vous attends depuis plusieurs mois déjà, nommez un gouverneur. Faites-moi ce cadeau pour mon anniversaire, le 26 mars », voir notre revue du 25 mars), sera bientôt comblé, indique 24 Tchassa. Il recevra très bientôt le « cadeau » demandé et celui-ci lui viendra de l’étranger.
Selon de bonnes sources, écrit le journal, le profil du nouveau gouverneur aurait été « délicatement dessiné » lors de la visite en janvier dernier du secrétaire d’Etat américain à Sofia. M. Kerry aurait attiré l’attention de ses interlocuteurs bulgares sur le fait que la stabilité bancaire et institutionnelle du pays, secouée par la crise de la KTB, se verrait renforcée aux yeux du monde si des personnes non liées avec le statu quo étaient mises en avant.
Les Américains auraient même suggéré pour le poste de gouverneur de la BNB que le candidat soit un « banquier inconnu en Bulgarie et qui ait travaillé longuement ou uniquement à l’étranger ».
Les « chasseurs de tête » de 24 Tchassa ont déjà déniché deux Bulgares qui cadrent avec ce profil.
Le premier, Dimiter Radev, serait le favori pour remplacer M. Iskrov. Né en 1956, M. Radev est établi depuis des années outre-Atlantique et dirige actuellement la mission d’assistance technique du FMI dans des « pays difficiles » en Europe orientale, en Asie centrale, au Proche-Orient et en Afrique. Vice-ministre des finances de la Bulgarie de 1992 à 2001, il a été chargé de la loi de finances et a supervisé les dépenses publiques.
Les compétences d’un autre Bulgare sont également considérées comme exemplaires. Il s’agit de Nikolaï Gueorguiev (né en 1965), vice-ministre des finances de 2000 à 2001 et représentant de la Bulgarie au sein du FMI. Depuis 2007, M. Gueorguiev dirige différentes missions de la Banque mondiale (en Afrique du Sud, en Moldavie) et, depuis cette année, il est à la tête de la mission du FMI pour l’Ukraine.
Interrogés par 24 Tchassa, des banquiers bulgares ont souligné que l’un comme l’autre ferait l’affaire.
La démission du gouverneur actuel est demandée depuis l’été dernier par le GERB et par plusieurs autres forces politiques (voir notre revue du 19 novembre 2014) parce que l’instance qui l’a nommé, le parlement, ne peut le révoquer que dans des hypothèses strictement indiquées par la loi. En outre, en absence de démission de l’intéressé, le parlement ne peut ouvrir une nouvelle procédure de nomination que trois mois avant ou deux mois après la fin du mandat du gouverneur. Elu gouverneur de la BNB en 2003, M. Iskrov a été réélu à ce poste en octobre 2009. Son mandat de six ans est censé expirer le 10 octobre prochain. (24 Tchassa)

L’OBSTACLE

LE DROIT EUROPEEN S’OPPOSE AUX AMBITIONS DECLAREES DU REPRENEUR BELGE DE BTK

L’Etat pense pouvoir arrêter le pillage de la KTB en bloquant l’opération d’acquisition de six entreprises relevant du portefeuille du banquier Tsvetan Vassilev, à savoir la part majoritaire de Vassilev dans le réseau de télécommunications BTK (alias Vivacom), les deux entreprises militaires Dunarit et Avionams, les deux bouquets numériques NURTS et First Digital et l’agence d’audimétrie GARB.
Hier, le premier ministre a réuni des représentants du ministère de l’intérieur, de la DANS, du parquet, du ministère des finances et du Fonds pour la garantie des dépôts ainsi que les deux syndics provisoires de la KTB tout récemment nommées (voir notre revue de presse d’hier). L’objectif étant d’empêcher le plus rapidement possible et avec l’aide de toutes les institutions la spoliation des actifs de la banque par l’investisseur belge Pierre Louvrier.
Selon les sources de Pressa, l’investisseur belge lié à la Russie se heurtera au droit européen à cause de ses intentions de fusionner Vivacom et l’opérateur NURTS.
« Une telle opération est impossible », ont déclaré devant Pressa les connaisseurs du dossier. Ils ont expliqué que la société offshore LIC33 ne peut y procéder sans l’autorisation de la Commission pour la protection de la concurrence (CPC) et de la Commission européenne. Or, une demande relative à la fusion de Vivacom et de NURTS avait déjà été adressée par la société SHCO 79 SARL (enregistrée au Luxembourg et actionnaire de BTK) à la CPC qui l’a transmise à Bruxelles pour avis. Une nouvelle demande ne pourrait pas être introduite avant que la CPC et la Commission européenne ne se prononcent.
Deuxième obstacle découlant de la législation européenne : le distributeur de télévision publique ne peut pas appartenir à une société qui assure la diffusion de télévisions privées. Par conséquent, la société LIC33 ne peut devenir le propriétaire des deux bouquets numériques NURTS et First Digital, First Digital ne diffusant que les programmes de la télévision publique (BNT). Au cas où celle-ci les acquerrait, une procédure d’infraction intentée par la Commission européenne obligerait LIC33 à changer la propriété de l’un des deux opérateurs TNT (NURTS ou First Digital).
Par ailleurs, les parlementaires nationaux s’activent pour bloquer « cette vente scandaleuse », précise Pressa. Grozdan Karadjov, président de la commission parlementaire des transports, des technologies de l’information et des communications veut tenir une réunion conjointe avec la commission de la sécurité intérieure et de l’ordre public, afin de discuter d’éventuels amendements à la législation devant permettre à des services comme la DANS de s’opposer à des transactions concernant des sociétés revêtant une importance stratégique pour la sécurité nationale. En l’état actuel du droit, la liste de ces sociétés, définie par le Conseil des ministres, existe déjà. Elle inclut, en dehors de la BTK, des sociétés dans le secteur de l’énergie, les aéroports, les barrages, les centrales thermiques, les lignes électriques, les gazoducs, la société nationale des chemins de fer (BDZ), NURTS et les usines militaires. M. Karadjov a expliqué que « cette liste n’a aucun sens actuellement, l’Etat étant privé de tout pouvoir pour la mettre en œuvre ». Cette opinion n’est pas partagée par le président de la commission de la sécurité intérieure, Atanas Atanassov, qui est d’avis que l’Etat a entrepris toutes les mesures nécessaires et ne dispose plus d’aucune marge de manœuvre. C’est aux syndics provisoires, à la DANS et à la Commission de contrôle financier de vérifier l’origine des fonds que l’acquéreur se propose d’investir, conclut Pressa. (Pressa)

L’INTERVENTION

COMMENT CHANGE-T-ON UN PAYS QU’ON REVE DE QUITTER ?

Ivan Krastev, politologue bulgare installé à Vienne, a livré à l’édition du quotidien britannique The Guardian du 24 mars un article sur les conséquences économiques, politiques et psychologiques sur la société bulgare de l’émigration de masse depuis l’ouverture des frontières. Intitulé « Le bénéfice tiré par la Grande-Bretagne de la fuite des cerveaux de l’Europe de l’Est », cet article se présente comme une contribution au débat en cours au Royaume-Uni sur l’opportunité de maintenir ou de restreindre les règles de la libre circulation des travailleurs dans l’Union européenne. Il a été repris en bulgare par les sites Portal Kultura et Dnevnik et par le quotidien papier 24 Tchassa.
Plus de trois millions de Bulgares ont quitté sans retour leur pays depuis 23 ans. Une perte démographique considérable pour la Bulgarie, où la population dépasse désormais de peu les sept millions d’habitants. Ceux qui partent ne sont pas ceux qui seraient incapables de trouver un emploi chez eux, mais des agents économiques qualifiés, âgés de 25 à 50 ans. Les Bulgares constituent aujourd’hui, après les Chinois, la plus importante nationalité parmi les étudiants étrangers en Allemagne. Et même si les migrants ont le projet de revenir chez eux, cela se traduit souvent par un échec, parce ce que retrouver une place au pays est difficile, et parce que le retour est souvent perçu comme la sanction d’un échec personnel du migrant.
L’économie bulgare est pénalisée par l’ampleur de cette émigration : pénurie de main d’œuvre qualifiée (dans le système de santé, notamment), pénurie d’étudiants de bon niveau dans les universités. Mais plus profondément, ce sont les possibilités d’évolution du pays qui sont entravées. Le rapport psychologique au pays d’origine et à la possibilité de le quitter s’est inversé après la chute des régimes communistes. Jusqu’en 1989, la question se posait dans les termes fixés par le chansonnier dissident est-allemand Wolf Biermann : « je ne peux aimer que ce que je suis libre de quitter ». Désormais, pour les Bulgares, elle se formule ainsi : comment transformer un pays qu’on rêve de quitter ?
Après les protestations de 2013, certains de ceux qui avaient crié « nous ne voulons pas émigrer » s’y sont finalement résolus, parce que c’était l’option la plus facile qui se présentait à eux. L’émigration contribue à priver le pays des forces sociales qui lui permettraient de réussir à se réformer. On peut même estimer qu’elle constitue l’un des facteurs les plus décisifs pour expliquer pourquoi le pays a été gouverné par de mauvais dirigeants ces dernières années. L’ouverture des frontières a certes bénéficié aux individus les plus talentueux, mais tout autant à deux autres groupes au moins : les mauvais politiciens à l’Est et les partis xénophobes à l’Ouest. En outre, contrairement à une idée reçue, l’expérience du contact avec des sociétés multiculturelles ne rend pas les migrants bulgares plus enclins à jeter un regard plus libéral sur leur propre pays – bien au contraire.
Alors, est-ce que restreindre la liberté de circulation, comme le demandent de plus en plus les Britanniques, serait la solution ? Pas si simple. Selon une étude sociologique publiée l’année dernière et qui a fait l’effet d’une bombe dans la classe politique, les Bulgares, tout en jetant un regard majoritairement négatif sur l’évolution de leur pays depuis 25 ans, n’en restent pas moins, à une écrasante majorité, pro-européens, parce qu’ils y ont gagné au moins la liberté de s’expatrier. La leur ôter pourrait certes aider à garder le Royaume-Uni dans l’UE, mais serait prendre le risque de délégitimer le projet européen à leurs yeux. (The Guardian, 24 Tchassa, kultura.bg)

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Dernière modification : 27/03/2015

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