Vendredi 27 novembre

La ratification

L’Assemblée nationale approuve l’accord bulgaro-polonais relatif à la réparation des avions de chasse MiG29

L’accord relatif à la réparation des chasseurs russes MiG 29 en service dans les forces aériennes bulgares, signé entre les ministres de la défense de Bulgarie et de Pologne fin octobre (voir notre revue du 23 octobre) et approuvé une semaine plus tard par le gouvernement bulgare, a été finalement ratifié aujourd’hui par l’Assemblée nationale.

Rien ne présageait une ratification facile d’un instrument voulant mettre fin à une longue dépendance de l’armée de l’air bulgare vis-à-vis de la Russie. L’examen du projet de ratification, initialement fixé pour mardi dernier, avait été reporté pour aujourd’hui. Trois partis, le PSB, ABC et Ataka, s’opposaient résolument à cet accord qui allait « brouiller », selon eux, la Bulgarie avec la Russie.

Le fabricant russe des MiG 29 avait fait savoir à plusieurs reprises qu’en tant que détenteur des droits de propriété intellectuelle, il se considérait comme le seul compétent pour effectuer cette rénovation et garantir les performances techniques des avions et qu’il allait poursuivre la Bulgarie en justice.

Les débats qui ont précédé le vote ont été émaillés de graves accusations croisées de russophilie et de russophobie, de trahison nationale. Deux votes ont suivis, après la première et la seconde lecture. Au final, le projet a été soutenu par les députés du GERB, du MDL, du Front patriotique et du Bloc réformateur (première lecture : 133 voix « pour » et 42 « contre » ; seconde lecture : 130 voix « pour » et 41 « contre »). ABC n’a pas pris part au vote.

Aux termes de l’accord, la Pologne va réparer six moteurs pour un montant total de 6,138 millions d’euros et une garantie après réparation de 24 mois ou 200 heures de vol. Cette remise en état prolongera les capacités de vol des moteurs de 350 heures ou de 8 ans.

La ratification intervient, a rappelé le ministre de la défense Nikolaï Nentchev devant les députés, neuf mois après le démarrage des négociations avec la Pologne. Celle-ci a été choisie parce qu’étant le seul pays, à part la Russie, compétent pour rénover les moteurs des chasseurs MiG. Les négociations avec la partie polonaise se poursuivent et portent désormais sur la modernisation des chasseurs MiG29 selon les normes de l’OTAN, la volonté de la Bulgarie étant de limiter sa dépendance vis-à-vis de pays non affiliés à l’EU ou à l’OTAN, a souligné le ministre. (mediapool.bg, dnevnik.bg)

Le rebondissement

Le procureur général s’offre une victoire médiatique dans le scandale « Yanevagate » en s’appuyant sur la Commission européenne

Les échanges épistolaires (voir notre revue d’hier) entre, d’une part, un média bulgare et la Commission européenne et, d’autre part, le procureur général et la Commission, ont divisé les médias bulgares.

L’agence en ligne Mediapool, demandant dans un courriel à la Commission son avis sur le « Yanevagate », à savoir si le scandale des enregistrements divulgués devait faire l’objet d’une enquête et si le procureur général devait ou non quitter temporairement son poste le temps de l’enquête, publiait hier le courriel contenant la réponse de Bruxelles et les conclusions qu’elle en tirait. Pour Mediapool, qui avait échangé plusieurs courriels avec des agents de la Commission, il était plus qu’évident que M. Tsatsarov, procureur général, devait se retirer.

La publication de Mediapool a été tout de suite reprise par l’agence en ligne Dnevnik et son quotidien Capital Daily et occulté par tous les autres.

Mais une lettre, celle de la délégation de la Commission à Sofia (signée Christian Wigand, porte-parole) qui déclare qu’elle n’avait jamais appelé au départ de M. Tsatsarov, n’ayant pas de mandat sur ce point, suivie d’une deuxième missive (signée Margaritis Schinas, chef du service des porte-parole) réitérant la première et envoyée en réponse à la demande du procureur général (publiée sur le site officiel du Parquet), a inversé la situation. Les médias qui avaient couvert de silence la démarche de Mediapool, s’emparent aujourd’hui du sujet et en font de grands titres.

Pour Monitor, il s’agit ni plus ni moins d’une tentative de putsch dans la justice orchestrée par le ministre de la justice Khristo Ivanov et le président de la Cour suprême de cassation Lozan Panov. La raison en sont les « douteux » amendements « lobbyistes » à la Constitution qu’ils essaient d’imposer et que combat le procureur général.

Dans la même veine, Troud détaille dans un long commentaire le « scénario de la sédition anti-Tsatsarov ». « Il est évident que pour maîtriser la justice, les joueurs dans les coulisses doivent éliminer leur plus grand obstacle : le procureur général ». Pour y arriver, ils sont allés jusqu’à s’allier avec « la pomme la plus pourrie au sein de la justice », la juge Tchenalova (Ndr : celle-ci a parlé hier de pressions exercées par M. Tsatsarov sur des juges).

24 Tchassa met l’accent sur l’intervention de la Commission en titrant à la une : « Bruxelles a fait échouer un triple attentat contre M. Tsatsarov ». Les « trois fronts » déployés contre le procureur général, selon ce journal, seraient les médias (la publication de Mediapool), le Conseil suprême de la magistrature (le débat soulevé sur cette publication par le ministre de la justice lors de la réunion d’hier du CSM, en l’absence de l’intéressé), et le parlement (la commission parlementaire de la réforme constitutionnelle, récemment saisi d’un projet d’amendements constitutionnels du Bloc réformateur prévoyant la réduction des compétences du procureur général).

Quant à l’appel du président de la Cour suprême de cassation au président de la République d’apporter une solution au scandale Yanevagate en formant une commission d’enquête ancrée dans les trois pouvoirs (voir notre revue d’hier), il a été suivi par une entrevue entre les deux hommes. Dans sa réponse, diffusée par son service de presse, le chef de l’Etat souligne le principe qui engage chaque autorité à se cantonner strictement dans les compétences qui lui sont dévolues par la loi et à ne pas interférer dans celles d’autres autorités. Si l’on constate un vide juridique, la seule instance à y remédier est l’Assemblée nationale, estime le président de la République. Il se joint au président de la CSC pour appeler les institutions compétentes (le CSM et le Parquet) à se saisir de l’affaire des enregistrements et à mener une enquête objective et transparente. (tous journaux, prb.bg, president.bg)

L’interview

Solomon Passy : le conseil OTAN-Russie doit se remettre à fonctionne pour contrer Daech

Dans une interview pour 24 tchassa, Solomon Passy, ancien ministre des affaires étrangères (2001-2005) et fondateur et président du Club atlantique, revient sur l’affaire du chasseur russe abattu par la Turquie (voir notre revue du 25 novembre) et sur la lutte contre Daech.

A la question de savoir si l’incident concernant le chasseur russe ne rend pas la coopération entre la Russie et l’OTAN utopique, il répond : « L’union entre l’Occident et Staline contre Hitler n’était pas une union d’amour, mais d’imminence. En cet instant notre union avec la Russie contre Daech se trouve devant cette même irrévocabilité de la réalité. »

L’incident doit être considéré dans un contexte plus large. D’un côté depuis un certain temps, la Russie a une attitude très libérale envers les frontières étrangères, avance M. Passy. Il rappelle l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie occupées et la Crimée annexée ; les pays baltes qui se plaignent souvent de survols de leur espace aérien par des avions russes ; les sous-marins russes près des pays scandinaves ; la cyber-attaque contre l’Estonie, qui représente une forme plus innovatrice d’invasion d’un espace étranger. De l’autre côté, la Turquie avec sa frontière immense et complexe, a démontré à plusieurs reprises qu’elle n’a pas une grande tolérance envers des incidents frontaliers ou des provocations.

La leçon qui doit être tirée de cette situation, selon M. Passy, est que le conseil OTAN-Russie doit se remettre à travailler sous un mandat spécial visant les efforts communs en vue de lutter contre Daech. Les buts, les cibles ainsi que la prévention d’incidents comme celui de l’avion russe doivent être discutés dans le cadre de ce format.

Ce qui rend le chaos géopolitique dans le Moyen-Orient encore plus difficile à gérer est qu’en plus il n’est pas statique, mais dynamique. Il est à noter que dans ce jeu manque un principal acteur : l’Union européenne. Son rôle est de jouer avec l’OTAN est « d’être un catalyseur de l’union entre l’Occident et la Russie contre notre plus important ennemi de la décennie, Daech ». Daech est le seul à se frotter les mains après l’incident entre la Russie et la Turquie et il ne faut pas lui attribuer une pareille nouvelle occasion de le faire, conclut M. Passy. (24 tchassa)

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Dernière modification : 27/11/2015

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