Vendredi 28 octobre

Le projet

Projet de loi de finances 2017 : priorité au secteur sécurité-défense

Des jours comptés avant l’expiration du délai prévu par le législateur pour le dépôt à l’Assemblée nationale du projet de loi de finances pour l’année suivante (31 octobre), le ministère des finances l’a publié sur son site en ligne. La presse en fait une lecture attentive.

Près de 820 M de leva supplémentaires seront alloués aux secteurs de la défense et de la sécurité. Ainsi ce budget passera de 3,34 Mrd de leva en 2016 à 4,16 Mrd de leva (de 3,8 à 4,5% du PIB, soit près de 25% d’augmentation pour les ministères de la défense et de l’intérieur et l’ensemble des services de sécurité). Les dépenses de l’Etat passeront à 39,8% du PIB, soit 2% de plus qu’en 2016. Le déficit budgétaire prévu est de 1,3 Mrd de leva, soit 1,4% du PIB.

En 2017, le ministère des finances ne prévoit pas de profiter du droit de conclure de nouveaux emprunts extérieurs que lui avaient accordé les députés (voir nos revues du 13 et 19 février 2015). La raison en est l’important excédent accumulé à la suite du transfert depuis Bruxelles de près de 1,4 Mrd de leva de fonds européens à un moment où la plupart des projets n’ont pas encore démarré, explique Ikonomist. D’autre part, en 2017, le ministère s’attend à une hausse sensible des recettes à la suite des mesures sérieuses mises en œuvre pour améliorer le taux de recouvrement et lutter contre la fraude fiscale.

Aucun changement au niveau de la fiscalité n’est prévu en 2017, si ce n’est la légère augmentation des accises sur les cigarettes (entre 10 et 20 centimes du lev par paquet).

Parmi les départements ministériels, la hausse la plus sensible par rapport à l’année précédente sera au niveau du ministère de l’intérieur : 106 M de leva de plus portant son budget à 1,23 Mrd de leva (+9,4%). Sega y voit une preuve flagrante de l’échec des engagements de réforme du gouvernement de son institution la plus gourmande. D’autant plus que 1,07 Mrd de leva de ce budget ne seront réservés qu’aux dépenses de fonctionnement.

Le budget du ministère de la défense augmentera de 80 M de leva pour atteindre 1,08 Mrd de leva. A ce montant, s’ajouteront les fonds prévus pour la modernisation de l’armée bulgare : 1,22 Mrd de leva au total échelonnés sur une période de trois ans. Sur ce montant, 683 M de leva (dont 231 M de leva en 2017) seront prévus pour l’acquisition d’un nouveau type d’avion de chasse afin de remplacer les MiG-29 en service dans l’armée bulgare. Le fournisseur devra être choisi au printemps 2017 au plus tard. 439 M de leva (dont 171 M de leva en 2017) seront investis dans la construction de bateaux patrouilleurs.

Dans le secteur de la santé, l’augmentation prévue est de 6,8% par rapport à l’année précédente, soit de 3,93 Mrd à 4,2 Mrd de leva. La hausse prévue pour le budget du ministère de l’éducation et de la science est de 7,3% : de 3,12 Mrd à 3,35 Mrd de leva. L’essentiel de cette rallonge couvrira l’augmentation des salaires des enseignants récemment annoncée par le premier ministre (Sega, Ikonomist, dnevnik.bg).

L’agression

Le président du Comité Helsinki Bulgarie a été attaqué à Sofia

Le président du Comité Helsinki a été attaqué hier matin par deux inconnus à Sofia, près du Parlement. Krassimir Kanev a reçu des coups-de-poing dans le ventre et le visage par les deux agresseurs qui se sont vite enfuis. Son état de santé est bon.

Le Comité Helsinki Bulgarie a publié un communiqué de presse dans lequel il condamne l’attaque et signale que des membres de cette plus ancienne et large organisation de défense des droits de l’homme ont été menacés à plusieurs reprises, mais que c’est la première fois qu’une telle agression est perpétrée. L’attaque a été condamnée également par Amnesty International.

Ce matin, dans une interview pour Nova TV, M. Kanev a affirmé être sûr que l’agression est liée à son travail et à l’activité de l’organisation qu’il dirige. Il a confié que lors de ces deux dernières années il observe une montée des insultes et des menaces envers lui et des membres de son organisation. « Une grande partie d’elles sont restées impunies même s’il y avait suffisamment de preuves », a ajouté M. Kanev.

Dans un commentaire, Dnevnik déplore « l’inaction d’institutions responsables » qui a rendu possible une telle agression, qui plus est devant le Parlement. Le site d’information parle de la « tactique » du Parquet de ne pas ouvrir des enquêtes contre des crimes de haine, mais de qualifier ces crimes de « hooliganisme ». Une grande partie des coupables restent impunis, signale Dnevnik et donne quelques exemples qui ont été largement médiatisés.

La violence exercée contre la mosquée Banya Bachi après une manifestation d’Ataka n’a pas était soumise à une enquête [ Ndr en 2011, des militants du parti nationaliste ont provoqué des affrontements avec des musulmans participant à la prière du vendredi lors desquels plusieurs personnes ont été blessées, voir notre revue du 23 mai 2011]. Le Parquet a refusé d’ouvrir une enquête contre le co-président du Front Patriotique Valeri Simeonov pour « des propos racistes tenus lors de ses interventions au Parlement ». Le Parquet a également refusé d’ouvrir une enquête contre le premier ministre suite à un signalement du Comité Helsinki Bulgarie et 41 citoyens [Ndr Au mois d’avril le premier ministre avait rendu hommage à des membres de milices qui avaient arrêtées des réfugiés à la frontière. Plus tard Boïko Borissov avait fait volte-face accusant les médias d’avoir manipulé une partie de ses déclarations et a averti que l’Etat ne tolérera aucune transgression de la loi. Mais le Comité Helsinki en Bulgarie a adressé publiquement un signalement à l’attention du procureur général contre le premier ministre qui aurait incité par ses déclarations à la discrimination et à la violence sur la base de la race, de la nationalité et de l’appartenance ethnique, voir la revue du 12 avril].

Le Comité Helsinki Bulgarie a de son côté souligné que depuis plusieurs années un discours de haine ou des propos incitant directement à la violence contre les minorités vulnérables ont été autorisés, voir même approuvés en Bulgarie. Les médias jouent également un rôle important car très souvent ils « proposent une tribune au discours raciste, xénophobe et homophobe, sans aucune approche ou regard critique ». (bghelsinki.org, dnevnik.bg, mediapool.bg, nova.bg)

La polémique

L’octroi des bourses aux lycéens d’origine rom ne permettra de remédier que partiellement au problème de l’accès inégal de cette communauté à l’éducation

Le lancement d’un projet pilote d’octroi de bourses aux lycéens d’origine rom en Bulgarie par le Centre pour l’intégration éducative d’enfants et élèves issus des minorités ethniques (CIEEEME, agence nationale sous l’autorité du ministre de l’éducation, créée en 2005) (voir notre revue du 26 octobre) a suscité une controverse.

Ayant été annoncé en pleine campagne électorale, certains y ont vu des visées électoralistes. En outre, les critères d’éligibilité reposant sur une base ethnique (une déclaration d’autodétermination comme Rom) et prévoyant l’exigence d’une moyenne de résultat scolaire (3,50 sur 6) inférieure à celle qui est exigée des autres élèves bulgares (5,50 sur 6) pour obtenir une telle bourse, ont été qualifié d’anticonstitutionnels et de discriminatoires.

« La communauté rom est souvent utilisée en période électorale. Nous voulons que tous les enfants bulgares soient traités sur un pied d’égalité », ont déclaré des organisations de parents qui se sont dit prêtes à lancer des protestations si les institutions ne tenaient pas compte de leurs revendications.

A ces critiques, la ministre de l’éducation Meglena Kouneva a opposé la situation défavorisée de « ces enfants dont la langue maternelle n’est pas le bulgare ». Elle a également précisé que 60% de l’argent provenant d’un fonds éducatifs rom (fonds international basé à Budapest, soutenu par plusieurs pays, la BCE et la Banque mondiale) « nous ne pouvons pas l’affecter à autre chose ». Ces arguments n’ont pas été suffisants pour convaincre la société civile de la pertinence de cette mesure d’intégration.

« Il est absurde d’avancer l’argument de la langue maternelle rom et en même de demander à ces mêmes familles de remplir un dossier relativement compliqué dont une lettre de motivation en langue bulgare », s’indigne Viktoria Stoytcheva dans un commentaire intitulé « Il n’est pas question d’intégration mais de ségrégation » que publie Sega. Selon Mme Stoytcheva, qui dit avoir pris connaissance du détail de ce projet, celui-ci n’offre pas les garanties nécessaires pour considérer que l’argent sera utilisé pour améliorer la réussite scolaires des enfants roms. La complexité du dossier de candidature impliquera qu’il soit rempli par les directeurs ou par des représentants des Inspections générales de l’éducation et il n’y pas de dispositif de contrôle de la dépense. La voie aux abus est ainsi ouverte. En conclusion Mme Stoytcheva considère que l’octroi des bourses aux lycéens ne constitue qu’une mesure palliative. L’Etat bulgare devrait plutôt réfléchir à sortir les enfants roms des ghettos avant même leur scolarisation.

Yanka Takeva, présidente du Syndicat des enseignants de Bulgarie, s’est opposée au versement de cet argent en numéraire et a recommandé de l’utiliser pour acheter des livres, assurer des repas gratuits ou acheter des cartes de transport pour les élèves qui habitent loin des écoles. Elle a sévèrement critiqué l’inefficacité de telles démarches qui ne servent qu’à gaspiller l’argent.

En revanche, beaucoup d’organisations civiles ont déclaré leur soutien à ce projet de bourses à des élèves roms. Selon Daniela Michaïlova, représentante de l’ONG « Initiative pour des chances égales » le pourcentage des actifs dans la tranche d’âge jusqu’à 30 ans en Bulgarie est le quatrième le plus bas au sein de l’Union européenne. La part des jeunes bulgares qui ne travaillent pas et ne font pas d’études est la deuxième la plus importante à l’UE. Elle a cité les prévisions de la Banque mondiale publiées il y a deux mois selon lesquelles « pendant les trois prochaines années, les jeunes non-qualifiés d’origine rom deviendront une ressource de plus en plus importante sur le marché de travail ». Selon la Banque mondiale les Bulgares d’origine rom pourvoient déjà de 9 à 19 % des postes de travailleurs.

Deyan Kolev, président de l’association « Amalipé – Centre pour le dialogue interethnique », a également exprimé son soutien au projet du CIEEEME qui « motivera les lycéens d’origine roms à terminer leurs études secondaires ». Selon le dernier recensement en 2011, seuls 10% des Bulgares d’origine rom sont titulaires de diplômes d’études secondaires contre 35% des Bulgares turcophones et 78% des Bulgares ethniques. Teodora Kroumova, directrice de programmes dans la même association, n’accepte pas la rhétorique consistant à dire que ce projet discrimine les élèves qui ne sont pas d’origine rom. Dans un article intitulé « Les enfants en Bulgarie sont divisés sur un principe ethnique bien avant les bourses roms » (Sega) elle précise que c’est une chance pour les enfants roms qui ne bénéficient pas d’un accès égal à l’éducation en dépit de l’article 53 de la Constitution bulgare qui prévoit que « chacun a droit à l’enseignement ». Mme Kroumova évoque plusieurs exemples d’enfants roms qui ont pu faire des études grâce à leur implication dans des programmes permettant d’assurer l’égalité des chances d’accès aux études secondaires. (Sega, 24 tchassa, actualno.com, Facebook)

Rubrique France

24 Tchassa attire l’attention sur l’affiche culturelle du Palais de la culture (NDK) en mettant l’accent sur quatre films qui feront partie de la sélection de dix films français à Kinomania (17 novembre – 1er décembre) : « Cézanne et moi » de Daniel Tompson, « Chocolat » de Roschdy Zem, « La Danseuse » de Stéphanie Di Giusto et « L’Odyssée » de Jérôme Salle.

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Dernière modification : 28/10/2016

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