Vendredi 29 juillet

Le casting

Election présidentielle : les partis politiques fourbissent leurs armes

Aujourd’hui, l’Assemblée nationale a fixé la date de l’élection présidentielle au 6 novembre prochain. Cette proposition du GERB, à laquelle se sont joints dix autres députés de différents groupes parlementaires dont les leaders du Front patriotique, a été préférée aux propositions du PSB et du MDL qui militaient respectivement pour les 23 et 30 octobre.

Dans le même temps les partis politiques, à l’exception du GERB, se mettent petit à petit à rompre le silence et à dévoiler de possibles candidatures et coalitions entre eux en vue de leur participation à la présidentielle. Tour d’horizon :

C’est le 14 août que le PSB annoncera ses candidats (président et vice-président) après des rencontres de concertation le 9 août avec le Mouvement 21 de Tatiana Dontcheva et le 12 août avec ABC. Les candidats avec qui les socialistes « lutteront pour la victoire » seront retenus par le Conseil national du parti, a déclaré aujourd’hui Kornelia Ninova à Gabrovo où se tient une réunion nationale du PSB.
A l’heure actuelle, les socialistes ne croient pas pouvoir se réunir autour d’une candidature commune. Les candidatures de Kornelia Ninova, de Maya Manolova et d’Iliana Yotova au poste de président de la République plairaient le plus mais pas aux mêmes structures du parti. L’éventuelle nomination de Maya Manolova divise le PSB dont des représentants l’accusent de « sauter d’un poste à un autre » et d’ « utiliser l’institution du médiateur pour sa campagne ». Selon Standart, un député socialiste a exprimé son mécontentement devant « l’impuissance du parti et le bas niveau de sa nouvelle direction qui cherche à servir des facteurs externes en désignant une candidature non éligible afin de toucher des dividendes et de s’assurer la participation au pouvoir après les élections anticipées ».

« Parvanov et Kalfin savent très bien que leurs candidatures seraient difficiles à avaler pour un trop grand nombre des membres du PSB », a déclaré aujourd’hui à Gabrovo Sergueï Stanichev, président du Parti des socialistes européens. Ceci a été démontré par les résultats du référendum interne du parti selon lesquels 52% des membres du parti souhaiteraient des entretiens avec ABC en vue d’une candidature commune alors que les 48% restants n’en voudraient pas. « Créer l’impression d’une candidature imposée au PSB créerait à un grand problème », a asséné M. Stanichev. Il a fait preuve de méfiance à l’égard des négociations avec le Mouvement 21 et ABC dans la mesure où ils « jouent un jeu afin de sortir du processus et pas dans l’objectif d’atteindre un résultat ».

ABC pour sa part continue à insister à la fois pour « une candidature également proche [des deux partis] et fortement éligible » et pour que ce soit « celle de leur leader Gueorgui Parvanov et de son adjoint Ivaïlo Kalfin en tant que candidats d’une large coalition du centre-gauche. Ils n’ont pas caché leurs soupçons relatifs à la possibilité que le PSB tente de leur imposer « une figure très partisane ». Ivaïlo Kalfin a appelé Maya Manolova à démissionner de son poste car « il n’est pas normal que le médiateur mène une campagne électorale pendant ses congés ».

Du côté du Bloc réformateur, les possibles candidatures augmentent de jour en jour. Elles s’élèvent désormais à sept à l’issue d’une réunion des chefs des différents partis du Bloc aujourd’hui au siège de l’UFD : Dimo Guiaourov, ancien chef du Service national de renseignement, Ognian Guerdjikov, ancien président de l’Assemblée nationale et ancien membre du parti de Simeon II, Korman Ismaïlov, du Parti populaire Liberté et dignité, Sabi Sabev, ancien général d’armée, Grozdan Karadjov du Conseil civil du Bloc, Traïtcho Traïkov, ancien ministre de l’économie du gouvernement Borissov I, Velislav Minekov, sculpteur qui a quitté le mouvement Bulgarie aux citoyens. L’UFD et le DBF n’ont pas présenté de candidatures et leurs leaders, Bojidar Loukarski et Radan Kanev n’ont pas participé à cette réunion. Mardi prochain, le Bloc se réunira de nouveau afin qu’une candidature commune soit retenue.

Dans le camp nationaliste, Krassimir Karakatchanov, coprésident du Front patriotique, et Yavor Notev d’Ataka, ont été proposés pour les postes de présidents et de vice-président de la République par un comité d’initiative de dix intellectuels et représentants des organisations militaires affiliées au Front patriotique. Ils ont appelé toutes les organisations nationalistes à se réunir autour de leur proposition. Hier, un accord de coalition a été signé entre le Front patriotique et Ataka et aujourd’hui, le Front national pour le salut de la Bulgarie, l’ORIM et Ataka ont déclaré leur soutien à ce « ticket » Karakatchanov-Notev. M. Karakatchanov a remercié Valeri Simeonov et Volen Siderov d’avoir soutenu la proposition du comité d’initiative.

Reste la formation du premier-ministre. « Le GERB, en tant que grand parti, et ne doit pas donner le ton et prédéterminer ainsi le profil des candidats. C’est pourquoi nous attendrons septembre pour annoncer notre candidature », a expliqué Tsvetan Tsvetanov dans une interview accordée à Ikonomist. Ce matin sur Nova, M. Tsvetanov a affirmé que la candidature de Boïko Borissov faisait partie « des nominations probables » à la présidence de la République et précisant qu’ « il est normal que le leader de chaque mouvance qui se présente seule aux élections soit considéré comme candidat potentiel ». A titre d’exemple, il a évoqué la candidature de Kornelia Ninova, également évoquée comme potentielle par son parti. M. Tsvetanov a expliqué que le GERB est à la recherche d’une personnalité qui a pu apporter la preuve de ses qualités dans des situations de crise. Tsetska Tsatcheva, présidente de l’Assemblée nationale possède selon lui toutes les qualités. (tous journaux, Ikonomist, dnevnik.bg, mediapool.bg)

Le verdict

La Cour constitutionnelle invalide trois des six questions du référendum sur la réforme du système politique

Le référendum sur la réforme du système politique qui doit être organisé simultanément avec l’élection présidentielle le 6 novembre prochain portera uniquement sur trois questions, après la décision de la Cour constitutionnelle d’hier d’en écarter trois autres pour non-conformité à la Constitution.

L’initiative de ce référendum appartient à Stanislav Trifonov, animateur de l’émission de variétés quotidienne « Le show de Slavi », et à son équipe. Soutenues par 572 650 signatures validées par le Registre de l’état civil (GRAO), les six questions originales portaient sur : le scrutin majoritaire à deux tours à la majorité absolue ; la diminution de moitié du nombre des parlementaires de 240 à 120 ; l’établissement du vote obligatoire et du vote électronique ; la réduction de la subvention publique octroyée pour le financement des partis et des coalitions de onze leva à un lev par suffrage ; l’élection au scrutin majoritaire à deux tours des directeurs régionaux du ministère de l’intérieur et des chefs de commissariat de police auprès des directions régionales (voir les revues des 8,13 et 15 avril).

A une majorité de 131 voix, l’Assemblée nationale avait décidé de valider toutes les questions sans les réécrire (voir la revue du 13 mai). Mais le président de la République avait jugé trois d’elles non conformes à la Constitution et avait saisi la Cour constitutionnelle qui lui a donné raison. Ainsi les questions portant sur la diminution du nombre des parlementaires, le vote électronique et l’élection directe des directeurs régionaux du ministère de l’intérieur ne seront pas posées. Dans un communiqué, M. Plevneliev s’est félicité de cette décision.

Le motif de la Cour pour rejeter la première des trois questions est qu’un changement du nombre des parlementaires est une décision qui ne peut être prise uniquement par une Assemblée constituante. L’argument pour invalider la deuxième est qu’un référendum sur le vote électronique a déjà été organisé (initié par le président de la République, il a eu lieu l’automne dernier, sans succès), alors que, selon la loi, il ne peut y avoir de second référendum portant sur la même question deux ans après l’organisation du premier. La troisième question a été écartée au motif qu’une élection directe des responsables policiers changerait le modèle constitutionnel de l’autorité exécutive. De plus, une telle élection supposerait l’organisation d’une campagne électorale qui verrait nécessairement la participation directe ou indirecte de forces politiques et d’entités économiques. Elle pourrait également conduire un dirigeant policier élu à mener une politique indépendante de la politique du Conseil des ministres dans son domaine de compétence, alors que la responsabilité des affaires intérieures relève, selon la Constitution, du gouvernement.

M. Trifonov a consacré toute son émission d’hier soir à critiquer la décision de la Cour constitutionnelle qu’il a accusé de servir des intérêts politiques. « Une ligne a été
tracée : d’un côté le peuple bulgare, de l’autre la classe politique et les juges qu’elle s’est désignés », a-t-il déclaré. En demandant à l’un des scénaristes qui étaient tous présents dans le studio ce qui va s’ensuivre de ce verdict, celui-ci a répondu « Une guerre [contre la classe politique] ». Ce matin, dans une interview pour la BTV M. Trifonov a souligné que « la Cour constitutionnelle et d’autres sujets » le poussent à présent à entrer en politique. Cette « interdiction » de trois des questions du référendum conduira selon lui à la mobilisation des électeurs. (tous journaux, dnevnik.bg, mediapool.bg)

L’islam

Le débat sur le financement des écoles musulmanes en Bulgarie : état des lieux

Deux projets d’amendement à la loi sur les cultes, l’un préparé par le GERB et le Bloc réformateur (BR) et l’autre introduit au parlement le 21 juillet dernier par le Front patriotique (FP), proposent que l’Etat bulgare assume une fois pour toutes le financement des écoles musulmanes. Une question qui ne cesse de faire l’objet de polémiques depuis la signature en 1999 d’un protocole entre la Direction bulgare des cultes et la Direction turque des affaires religieuses (Diyanet) permettant à la Turquie de financer les écoles musulmanes en Bulgarie.

Selon l’hebdomadaire Ikonomist, le projet que le GERB et le RB sont en train d’élaborer va prévoir que tous les dons en faveur des écoles musulmanes soient inscrits dans un registre public, que les autorités vérifient l’origine des fonds, que le ministère de l’éducation approuve les programmes d’enseignement et que des filières de formation d’imams soient ouvertes dans les universités bulgares.

S’inspirant de l’expérience autrichienne et italienne en la matière, les députés du GERB et du BR proposeront également que les effectifs de la Direction des cultes auprès du Conseil des ministres soient augmentés. En outre, la création d’une filière islam dans l’enseignement supérieur permettra de former des cadres compétents et d’une culture élevée, comme c’est le cas avec la filière théologie chrétienne à l’université de Sofia. Selon l’arabisant Vladimir Tchoukov, il est très important que des représentants de la communauté musulmane en Bulgarie soient associés à ce débat.

La question du financement public des écoles musulmanes n’est pas encore précisée, souligne Ikonomist. Il reste à savoir si elle couvrira la prise en charge entière des élèves ou si des dons publiquement déclarés s’y ajouteront.

Le projet d’amendement à la loi sur les cultes, déjà déposé par le FP, prévoit que tous les imams prêchent en bulgare. Ils devront également déclarer leurs comptes bancaires et les dons reçus.

Bien que le grand muftiat insiste depuis des années pour que l’Etat bulgare prenne en charge peu ou prou le financement des écoles musulmanes, celles-ci restent soutenues par le Diyanet à travers sa fondation. Il s’agit notamment de trois écoles religieuses secondaires (à Roussé, Choumen et Momtchilgrad) et de l’Institut supérieur musulman à Sofia. Selon Mikhaïl Ivanov de la Nouvelle université bulgare, le financement direct de ces écoles par l’Etat turc permet à celui-ci d’influencer l’enseignement. D’autre part, un grand nombre des jeunes diplômés quittent ainsi la Bulgarie pour aller prêcher ailleurs.

En outre, la Turquie paierait les salaires de ses 90 ressortissants nommés auprès des muftiats régionaux et des écoles musulmans pour prêcher l’islam, selon le co-président du BP, Valeri Simeonov. Un chiffre réfuté par le secrétaire général du grand muftiat, Djelal Faïk, selon qui il n’y a que quinze imams dont les rémunérations sont prises en charge par la Turquie.

Selon les statistiques du grand muftiat, il n’y a que 20% des élèves qui épousent la carrière d’imam. En 2014, l’entretien des trois écoles secondaires et de l’Institut musulman a coûté près d’un million de leva. En outre, à Sofia et Plovdiv, fonctionnent deux écoles qu’on estime liées avec Fethullah Gülen. La plupart des élèves, de 6 à 18 ans, sont issus de familles bulgaro-turques.

« Le principal risque d’une évolution défavorable au sein de la communauté musulmane bulgare réside dans la politique de l’Etat. L’Etat lui-même met en péril la sécurité nationale avec son laisser-aller dans ce domaine », indique Mikhaïl Ivanov. La seule réaction adéquate de la part de l’Etat serait d’assumer le financement de ces écoles, ajoute-t-il.

Au parlement, les deux projets d’amendement à la loi sur les cultes trouvent du soutien auprès de presque tous les groupes parlementaires. Le MDL, qui demande lui aussi que l’Etat finance les écoles musulmanes, reste toutefois opposé au projet du FP prévoyant que l’islam soit prêché en bulgare. (Ikonomist)

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Dernière modification : 24/11/2016

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