Vendredi 30 juin

L’entretien

Vladislav Goranov : « D’ici la fin de l’année, nous devrions savoir si les leaders européens nous soutiennent ou non pour la zone européenne »

Les échanges diplomatiques accélérés du gouvernement ce dernier mois en vue de l’adhésion de la Bulgarie à l’antichambre de la zone euro (mécanisme ERM 2) et les rencontres du premier ministre Borissov, du ministre des finances Vladislav Goranov et du vice-premier ministre Tomislav Dontchev avec Emmanuel Macron et Angela Merkel, ainsi qu’avec le ministre allemand des finances, ont incité l’hebdomadaire Capital a faire le point avec M. Goranov sur les chances de la Bulgarie, l’échéancier éventuel et le coût d’une telle démarche.

Le traité d’adhésion de la Bulgarie à l’EU oblige le pays à adhérer également au mécanisme monétaire européen et à l’union monétaire européenne, souligne d’emblée le ministre des finances. Si le gouvernement a entrepris des démarches plus actives, c’est, d’une part, parce que la Bulgarie satisfait tous les critères formels et, d’autre part, parce qu’en 2014 et 2015, il n’était pas possible de soulever le sujet dans le contexte de la crise bancaire récente et de la faillite de la KTB. Aujourd’hui, les perspectives sont de loin meilleures : la croissance de l’économie en 2015-2016 et les bons résultats après les tests de résistance, l’examen des actifs des banques et l’audit des entreprises d’assurances et de retraite sont des arguments forts. D’ailleurs, c’est aussi l’avis du FMI et de la Banque mondiale.

Les échanges en France et en Allemagne étaient très positifs, souligne M. Goranov. Le ministre français des finances a souhaité se rendre en Bulgarie pour s’assurer sur place de l’état de préparation des institutions et du système financier en général. Et la partie allemande s’est engagée à organiser un entretien dans un format Bulgarie-Allemagne-président de la Banque centrale européenne (BCE). Pour l’instant, les responsables bulgares n’ont pas eu de communication officielle avec cette dernière qui reste une institution très conservatrice, surtout après les problèmes avec la Grèce. Mais le gouvernement est convaincu que les avantages de l’entrée de la Bulgarie dans l’ERM 2 puis dans la zone euro pèsent beaucoup plus lourd que les risques. En fait, à la veille du vingtième anniversaire de l’introduction de la caisse d’émission dans le pays, le seul instrument qui puisse la remplacer est l’adhésion à la zone euro. « C’est le chemin naturel et je pense que l’ensemble des forces politiques sont d’accord là-dessus », relève M. Goranov.

Quelle date pour la candidature bulgare ? Le gouvernement posera sa candidature au moment où il aura suffisamment de certitude qu’elle sera accueillie favorablement. Faute d’une telle certitude, il n’y aura pas de candidature.

Ce qui est surprenant, c’est que d’après les sondages réalisés par l’Eurobaromètre et Alpha Research, la majorité des Bulgares n’est pas favorable à l’adhésion à la zone euro, relève M. Goranov. Selon lui, cette peur est due aux tentatives de faire croire aux gens que les prix vont flamber, ce qui ne correspond à aucune logique économique pragmatique. Les citoyens bulgares ne se rendent pas compte probablement qu’ils vivent déjà dans « un système de quasi-euro », mais avec les contraintes imposées par la caisse d’émission. Les avantages de l’adhésion à la zone euro sont extrêmement nombreux et c’est la priorité numéro un de la politique étrangère bulgare, la question étant de loin plus importante que l’adhésion du pays à la zone Schengen, considère M. Goranov.

Interrogé sur les autres critères auscultés depuis dix ans par l’UE, dont la corruption, la justice, M. Goranov concède que la Bulgarie rencontre des problèmes avec la corruption, mais que la façon dont elle s’est stigmatisée elle-même est habilement exploitée par ceux qui souhaitent la voir rester en marge des processus d’intégration.

Concernant la période pendant laquelle le pays resterait cantonné dans l’antichambre de l’euro, M. Goranov souligne que le gouvernement ne se pressera pas d’en sortir pour introduire l’euro. De son point de vue, les avantages de l’antichambre sont suffisants en termes de réputation et comme perspective pour l’Etat. Il estime réaliste de penser que trois à cinq ans après l’entrée dans l’ERM, le pays pourra remplacer le lev par l’euro.

Quel sera le coût de cette adhésion pour le budget national ? La Bulgarie aura à contribuer au Fonds unique pour la garantie des dépôts (qui ne fonctionne pas encore) et au Fonds de stabilisation. Selon les nombreuses estimations, le pays versera dans ce dernier quelque 85 millions d’euros pendant les cinq premières années et de 681 à 788 millions jusqu’à la douzième année. Quant à l’entrée du pays dans l’Union bancaire européenne, elle ne se fera qu’après son adhésion à part entière à la zone euro, conclut le ministre des finances. (Capital)

Le carrousel

Les partis politiques se prêtent un par un au jeu du mode de scrutin majoritaire, en n’ignorant rien de l’échec préparé auquel leurs projets sont voués.

« C’est pour leurrer le public que le GERB joue le théâtre de l’insuffisance des voix. Il est tout à fait capable de faire adopter une loi s’il le veut vraiment », avait dit Vesselin Marechki, leader du parti Volonté, après l’échec du vote du projet du GERB introduisant le mode de scrutin majoritaire aux élections législatives et la diminution de la subvention de l’Etat de 11 à 1 leva par suffrage – deux des questions soulevées par le référendum de novembre dernier auxquelles 2,5 millions de Bulgares avaient répondu favorablement.

Kornelia Ninova a accusé le GERB de ne pas adhérer au mode de scrutin qu’il proposait. Puis, à son tour, elle a fait adopter le 24 juin dernier par le Conseil national de son parti un projet de mode de scrutin mixte, à l’allemande, en dépit de la réticence de la plupart de ses camarades. Seuls 53 sur les 183 membres ont voté « pour » et 32 des 94 présents ont dû quitter la salle juste avant le vote afin d’assurer le quorum. « Je ne comprends pas pourquoi nous discutons d’un projet qui ne jouit pas du soutien des membres du parti et qui ne passera pas à l’Assemblée nationale », avait observé Mihail Mikov, ancien président du PSB et de l’Assemblée nationale, avant le plénum. Selon d’autres députés socialistes, le PSB aurait de bonnes raisons de redouter un mode de scrutin mixte : en 2009, après l’avoir introduit sous la pression du président Parvanov, aucun de ses 31 candidats sur le mode majoritaire n’avait pu accéder au Parlement.

Pour sa part, Tsvetan Tsvetanov rappelle qu’en mai 2016, son parti, le GERB, n’avait pas été soutenu par le PSB pour l’introduction de ce même mode de scrutin mixte. Il déclare que le GERB ne le soutiendra pas à son tour cette année et reproche aux socialistes de détourner avec cette contre-proposition l’attention de ce que 2,5 millions de Bulgares ont vraiment voulu.

De son côté le MDL, dont le soutien initial au projet du GERB, aussitôt suivi d’une volte-face, a perturbé les autres partis au Parlement, poursuit d’autres objectifs qui n’ont pas de dimension majoritaire. Bien au contraire, le projet que le parti a introduit vise plusieurs objectifs : éviter la confusion du numéro de liste avec le numéro du candidat pouvant être choisi de manière préférentielle (en omettant ce numéro dans la liste) ; interdire le vote obligatoire ; supprimer la case « je ne soutiens personne » ; rétablir l’ancien régime de vote à l’étranger qui ne prévoyait pas de plafond du nombre des bureaux de vote. Par ailleurs, le parti souhaite également rouvrir la question de la propagande électorale en langue étrangère.

Les Patriotes unis déclarent apprécier le système de vote actuel. Lors de l’examen du projet du GERB, Volen Siderov a même averti que le mode de scrutin majoritaire proposé par le GERB risque de donner lieu à une élection massive de députés d’orientation patriotique susceptibles de voter ensuite la sortie de la Bulgarie de l’UE et de l’OTAN. Sans qu’il soit clair s’il formulait ainsi une mise en garde ou un vœu…

Bien qu’ayant soutenu le projet du GERB, Volonté a également soumis à l’Assemblée nationale son projet d’amendement au Code électoral. Celui-ci prévoit de conserver les 31 circonscriptions et le droit de chaque parti de désigner un nombre de candidats correspondant au double des mandats par circonscription. Les noms des candidats figureront par ordre alphabétique sans être précédés de numéros et suivis des noms des partis dont ils sont issus. Les candidats ayant obtenu le meilleur score accéderont au parlement. Vesselin Marechki s’est néanmoins déclaré prêt de soutenir tout système de nature majoritaire.

Selon des sociologues interrogés par Ikonomist, cette agitation des partis autour d’amendements au Code électoral n’a pour objectif que de plaire aux millions de Bulgares qui ont voté pour le changement du système au référendum. « Il y a très peu de Bulgares qui sont compétents en matière de systèmes électoraux et en outre, il est vrai que les partis politiques ne veulent pas perdre la confiance de ces 2,5 millions de Bulgares qui ont voté pour une autre élite politique », a observé le politologue, Kaloian Metodiev. (Ikonomist)

Dernière modification : 30/06/2017

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