Vendredi 31 mars

Le bilan

Elections législatives anticipées 2017 : qui a gagné, qui a perdu ?

D’après les résultats officiels publiés jeudi par la Commission électorale centrale, le GERB obtient 95 sièges, le PSB 80, les Patriotes unis 27, le MDL 26 et Volonté 12. Mais malgré un taux de participation relativement plus élevé (54.07%) que lors des précédents scrutins du même type de 2013 (51,33%) et 2014 (49,51 %), les vainqueurs qui entrent au parlement font grise mine.

« Les seuls à se réjouir [le soir après le scrutin] étaient les 240 élus et leurs familles. Et personne d’autre, ni le public, ni les politiciens », constate sur un ton ironique le politologue Antoniï Todorov. Malgré une progression de près de 66 000 voix et d’onze sièges, le GERB, n’ayant pas pu obtenir la majorité à lui seul, devra gouverner dans des conditions bien plus difficiles que lors de ses deux mandats précédents. Le Parti populaire européen ne verra pas forcément d’un bon œil une coalition officielle entre le parti de M. Borissov et les Patriotes unis, surtout à la veille de la présidence bulgare de l’UE, estime M. Todorov. Et selon Boriana Dimitrova de l’institut de sondage Alpha Research, le GERB n’obtiendra pas la stabilité susceptible d’encourager les réformes.

Bien qu’il double son score de 2014 (avec près de 450 000 suffrages de plus) et son nombre de sièges (passant de 39 à 80), le PSB ne semble pas content. La gauche rénovée et rajeunie par Kornelia Ninova, porteuse du « changement demandé », a buté sur sa propre tactique, estiment des socialistes proches de la direction du parti (Dnevnik.bg) : « La semaine dernière, nous avons durci le ton outre mesure et les indécis ont voté pour le GERB ». La nostalgie pour le socialisme, la russophilie excessive, le discours anti-européen à certains moments ont mobilisé l’électorat rouge, sans pour autant réussir à attirer des électeurs à la recherche d’une alternative au statu quo. A part la tonalité agressive de la campagne socialiste, aux antipodes du ton calme et serein de la campagne présidentielle d’il y a trois mois, certaines phrases malencontreuses, lâchées par Mme Ninova (« La démocratie nous a pris beaucoup ») et des membres de la direction du parti, ont repoussé encore plus l’électorat indécis, relève un commentaire dans 24 Tchassa.

Les Patriotes unis sont en recul en termes de sièges par rapport à 2014 : avec 27 élus, ils n’égalent pas le précédent scrutin où, bien que divisés, ils avaient obtenus 69 000 voix de plus et 19 députés au titre du Front patriotique et 11 au titre d’Ataka. Ils n’ont pas réussi à reproduire leur brillant résultat de l’élection présidentielle et ont perdu 254 000 voix en quatre mois. Une des explications possibles, selon 24 Tchassa, est que beaucoup de sympathisants du GERB (120 000 électeurs selon les sociologues), déçus par la candidature de Tsetska Tsatcheva à la présidence de la République, avaient préféré reporter leurs voix sur le candidat des Patriotes unis, M. Karakatchanov. Mais les blocus de la frontière bulgaro-turque et les tentatives d’arrêter les autocars qui amenaient des électeurs binationaux en Bulgarie ont également desservi les nationalistes, dont les reportages télévisés ont montré la face extrémiste.
Le MDL, troisième force parlementaire depuis sa création, a cédé sa place sur le podium aux Patriotes unis, même s’il s’en faut de moins de 3 000 voix. Le mouvement a perdu son monopole sur les électeurs en Turquie dont les deux tiers ont voté pour DOST, le nouveau favori du président Erdoğan. Mais la dissidence de DOST n’explique pas tout : sur les 171 000 perdues entre 2014 et 2017, toutes ne sont pas allées à DOST qui n’en rassemble que 100 000. Le MDL a perdu la loyauté de son électorat en Bulgarie même selon Mehmed Dikme, ancien membre de ce parti, ce qui l’a poussé à chercher à s’implanter au milieu des Roms.
Volonté entre au Parlement, mais de justesse : sur les électeurs de Vesselin Marechki en novembre dernier, seul un peu plus d’un sur trois a voté pour les listes de l’homme d’affaires. ABC, qui avait obtenu 11 élus en 2014, disparaît du Parlement. Allié au Mouvement 21 de Tatiana Dontcheva, il ne récolte qu’un peu plus de 54 000 voix. Sur les électeurs qui avaient voté pour les deux formations en 2014, seulement un peu plus de trois sur dix ont voté pour la liste commune.
Enfin, la droite historique, dispersée en trois forces rivales (Bloc réformateur allié à Voix du peuple, Oui Bulgarie et Nouvelle République), a fait les frais de son opportunisme. Ses trois composantes font plus ou moins jeu égal entre elles mais, prises ensemble, reculent d’environ 10 % par rapport aux scores cumulés du Bloc réformateur et de Voix du peuple en 2014. Aucune d’entre elles ne sera représentée au parlement pendant la nouvelle législature, ce qui n’était arrivé qu’en 2013.. Mais si les partis qui y siègeront n’arrivent pas à mettre en place quelque chose de sensé, la droite traditionnelle reviendra triomphante, croit pouvoir conclure sur un ton optimiste Dnevnik. (tous journaux, dnevnik.bg)

L’analyse

Le prochain gouvernement bulgare sera encore plus faible et moins indépendant

En quatre ans, c’est la troisième fois que les Bulgares ont été appelés à se rendre aux urnes dans le cadre d’élections législatives anticipées. Et c’est aussi la troisième fois que le GERB les remporte. Cependant, cette victoire n’est qu’un phénomène statistique dans la mesure, où à chaque fois, Boïko Borissov a mis lui-même fin au mandat de ses deux gouvernements afin de se garantir un retour au pouvoir. De plus, cette fois-ci, cette victoire résulte en partie des voix d’autres électorats apeurés par les messages europhobes et revanchards du PSB.

A première vue et toujours statistiquement, Borissov n’a pas de problème pour former un gouvernement. Mais celui-ci risque, dans le contexte de la nouvelle répartition des sièges au parlement, de ne pas lui apporter la stabilité espérée. Le Bloc réformateur, partenaire loyal et pro-européen, n’ayant pu revenir au parlement, M. Borissov est face au choix entre un gouvernement minoritaire bénéficiant du soutien parlementaire suffisant des Patriotes unis et de Volonté et une coalition peu inspirée avec les nationalistes. Dans les deux cas, ce soutien reste incertain, ces deux mouvances se montrant tout aussi ouvertes à une collaboration avec le PSB, comme d’ailleurs le MDL. Certes, ce dernier parti ne refusera pas non plus son soutien à M. Borissov, à condition qu’il travaille en faveur de ses intérêts économiques, au risque de faire ressusciter tous les grands scandales des quinze dernières années.

Quelle que soit l’option retenue, Boïko Borissov aura toujours à négocier le soutien soit du MDL, soit du PSB, afin d’éviter que leur opposition, unie et plus nombreuse que dans la précédente législature, empêche la mise en œuvre de politiques clés liées entre autres au respect de la discipline budgétaire. D’autant plus que les profondes divergences idéologiques avec les patriotes unis sont d’ores et déjà lourdes d’incertitudes pour la mise en place de la plupart des promesses de réformes du GERB.

Les importantes ressources financières provenant tant du budget que des fonds européens permettront à M. Borissov d’acheter le soutien de chacun des partis ayant accédé au parlement. L’obligation de stabilité jusqu’à la fin de la présidence bulgare de l’Union européenne pourra justifier tout consensus ainsi négocié. Dans un contexte aussi glissant, il est difficile d’imaginer que la nouvelle législature permettra de lutter contre la corruption, de réformer le système judiciaire afin d’en assurer l’indépendance ou de mettre en place des politiques de lutte contre la pauvreté.

Quel que soit l’impact de cette lourde tâche sur l’image du GERB, il est peu probable que cette fois-ci l’initiative de prochaines élections anticipées vienne de M. Borissov. Car, comme l’a mentionné Boriana Dimitrova d’Alfa Research, l’important nombre de sièges du PSB prive le GERB du contrôle sur l’agenda électoral. Dans la nouvelle configuration des forces issue du scrutin du 26 mars, tout mandat abandonné par M. Borissov pourra être repris par le PSB. En coalition avec les partenaires mêmes du GERB. (Capital)

L’interview

Le GERB est désormais en première ligne pour traduire en actes l’obligation de faire des réformes

24 tchassa publie une interview avec Boriana Dimitrova, sociologue à l’institut de sondages Alpha Research, sur les conséquences des résultats des élections législatives qui ont eu lieu dimanche dernier. La sociologue prévient que les négociations pour former le nouveau gouvernement seront très difficiles, mais qu’il sera encore plus ardu de convaincre les Bulgares de l’image positive de la nouvelle coalition. « Le nouveau pouvoir sera sans doute divisé entre un front-office et un back-office selon les acteurs qui y participeront », souligne Mme Dimitrova.

Il sera difficile de préserver l’équilibre dans le nouveau Parlement. Le GERB est resté la seule barrière contre « les déviations populistes dans le domaine de l’économie et les tentatives de détourner le pays de son chemin européen ». Dans des secteurs-clés comme l’éducation, la santé, la justice, l’énergie, les réformes sont indispensables et le parti doit s’engager à assurer davantage de présence de l’Etat dans ces domaines si proches de tous les citoyens.

L’analyse des résultats des élections montre que deux options sont possibles pour former un nouveau gouvernement : une coalition entre le GERB, les Patriotes unis et éventuellement Volonté, ou bien un gouvernement minoritaire du GERB. Chacune présente ses points forts et ses faiblesses, mais les deux doivent être préférées à une grande coalition à l’allemande : un gouvernement GERB-PSB aurait un effet très négatif sur la confiance des citoyens envers ces deux partis. Dans le cadre de « la fragmentation de presque tout le spectre politique, une érosion des deux principaux partis risque de créer une situation non-contrôlable dans le pays », prévient la sociologue.

Vu la configuration de ce nouveau parlement, on ne peut pas s’attendre à une « stabilité positive incitant à la modernisation et aux réformes ». Mais comme le GERB ne pourra pas compter sur ses partenaires pour être les porteurs de réformes [comme cela avait été le cas sous le précédent gouvernement Borissov avec le Bloc réformateur], le parti sera obligé de lancer lui-même « quelques réformes sectorielles sans lesquelles le gouvernement sera voué à l’échec ». Mais même en l’absence de telles initatives, il n’y aura sans doute pas d’élections anticipées avant la fin de la présidence bulgare du Conseil de l’UE [Ndr : 30 juin 2018]. Ce qui n’exclut pas d’en faire après.

Quant aux déclarations du GERB, qui se montre prêt à réformer le code électoral pour le rendre conforme aux souhaits des électeurs exprimés en novembre dernier par référendum [Ndr : les trois questions portaient sur le scrutin majoritaire à deux tours à la majorité absolue, l’établissement du vote obligatoire et la réduction de la subvention publique octroyée pour le financement des partis et des coalitions], la sociologue souligne que le parti ne dispose pas de la majorité indispensable pour l’adoption du scrutin majoritaire, à laquelle s’oppose même son partenaire plus probable, les Patriotes unis. Il est fort probable que tous les groupes parlementaires s’opposeront à cet amendement et qu’il sera renvoyé à des jours meilleurs. En revanche, la possibilité de vote préférentiel, qui figure dans l’actuel code électoral, pourrait être la base d’une réforme du code prévoyant « différentes options majoritaires », conclut Mme Dimitrova. (24 tchassa)

Dernière modification : 02/05/2017

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