Vendredi 4 novembre

Les hypothèses

Dans quelle direction se dirigera la Bulgarie après l’élection présidentielle

A deux jours du premier tour, l’élection présidentielle domine largement dans les médias. Deux agences, Alpha Research et Gallup International, publient leurs derniers sondages, donnant la certitude d’un deuxième tour entre la candidate du GERB Tsetska Tsatcheva et Roumen Radev, soutenu par le PSB. Selon Gallup International, le deuxième tour sera remporté par le général Radev avec 53%.

Mme Tsatcheva est toujours donnée gagnante au premier tour avec 26,3%, M. Radev vient en deuxième position avec 22,5%. Selon Alpha Research, le soutien du candidat de la coalition nationaliste est en hausse. Krassimir Karakatchanov est en troisième position avec 12,5%. Après la décision du MDL de soutenir Plamen Orecharski, ancien premier ministre, celui-ci bénéficie d’une hausse de 90% de son résultat et se range en cinquième position, devancé par l’homme d’affaires Vesselin Marechki (7.1%). M. Orecharski a commencé la campagne électorale avec un potentiel de soutien de 0,5% et à présent 6,9% des sondés se disent prêts à voter pour lui, commente Alpha Research.

L’hebdomadaire Capital consacre un dossier à l’élection dont un des articles essaie de répondre à la question posée dans son titre : « Dans quelle direction se dirigera la Bulgarie après l’élection ? ». Le journal regroupe son analyse en 4 sujets principaux : rapprochement éventuel de la Russie ; destin du gouvernement ; rôle du MDL dans la politique et ce qui restera sans changements.

Un rapprochement avec la Russie pourrait se produire si l’élection est remportée par M. Radev, même s’il n’adoptera pas forcément immédiatement cette ligne. Le grand problème, selon le journal, consiste dans le fait que tout ce qu’on connait du général Radev est qu’il est un bon pilote. Le fait qu’il est entré sur la scène politique depuis seulement quelques mois créé beaucoup d’incertitudes quant à ses positions. Il s’est prononcé en faveur de l’appartenance de la Bulgarie à l’UE et à l’OTAN, mais en posant certaines conditions. A présent l’intérêt de la Russie est que la Bulgarie reste membre des structures euro atlantiques, car le Kremlin n’a rien à proposer au pays à ce moment précis. Ensuite, il sera beaucoup plus utile pour la Russie d’avoir un pays qui lui est très proche au sein de l’UE et de l’OTAN pour y avoir de l’influence, commente Capital. En cas d’éventuelle victoire de Mme Tsatcheva, le risque d’un « virage vers Moscou » serait moindre. A présent elle laisse entendre qu’elle suit les « positions plus modérées, mais en même temps pas très claires de Boïko Borissov ». Le premier ministre préfère entretenir de bonnes relations avec Moscou et un risque éventuel de « virage » n’arrivera qu’en cas de hausse de l’influence des courants pro-russes sur le gouvernement de Borissov.

Concernant le destin du gouvernement, notamment en cas de défaite du GERB, des élections législatives anticipées constituent l’ultime option, commente le journal. Capital cite ses propres sources au sein du parti, selon lesquelles il serait plus probable d’avoir un remaniement au sein de la coalition au pourvoir. Cette option serait très probable en cas de bons résultats de la coalition nationaliste et d’une faible performance du Bloc réformateur. Dans ce cas, le premier ministre pourrait reformer le gouvernement de sorte à minimiser les conséquences négatives de la scission du Bloc réformateur en deux : une aile soutenant le gouvernement et une autre en opposition. Une éventuelle entrée du Front patriotique au gouvernement avec quelques ministres pourrait donner plus d’efficacité à la coalition au pouvoir.

Une question encore plus importante concerne le rôle du MDL. Le nombre des électeurs qui votent pour le GERB est en déclin. Pour gagner le deuxième tour le candidat du parti a besoin d’environ 200 mille de voix de plus, qu’il n’est pas en mesure de mobiliser par ses propres moyens. Même si le Bloc réformateur et les nationalistes décident de soutenir Mme Tstatcheva au deuxième tour, ils n’ont pas de contrôle sur leur électorat comme cela est le cas au MDL. Alors la question « qui se pose à présent n’est pas si des pourparlers entre ces deux partis sont en cours, mais plutôt de savoir ce que le MDL, et donc Delian Peevski, demanderont et ce que M. Borissov serait prêt à donner », souligne le journal.

Le manque de prévisibilité dans la vie politique en Bulgarie restera après l’élection et peut même s’approfondir. La bonne nouvelle est que ces dernières années l’économie est devenue relativement déconnectée des affaires de l’Etat et, en l’absence de crise majeure, elle pourra continuer à croître. Il semble que le pays est entré dans le même groupe que la Hongrie et la Turquie qui, même si ils sont gouvernés par des hommes politiques imprévisibles, enregistrent des taux de croissance stables, au moins à court terme, écrit le journal. (tous journaux)

La succession

L’examen de la candidature bulgare à la Commission européenne reporté après les élections et sujet à des tractations politiques

Le départ de la Commission européenne de la commissaire bulgare, Kristalina Gueorguieva (voir notre revue du 31 octobre dernier), nommée directrice exécutive de la Banque mondiale, soulève deux questions dans l’immédiat : qui lui succédera et quel sera le portefeuille de responsabilités du nouveau commissaire bulgare. Ikonomist et l’hebdomadaire Capital essaient d’y apporter les réponses.

L’entretien attendu du premier ministre bulgare avec le président de la Commission, qui devait avoir lieu lundi dernier, apparemment n’a pas eu lieu, estime Ikonomist en se référant à des sources du centre de presse du Conseil des ministres et de la mission de l’UE à Sofia. Alors qu’il devait apporter une certaine réponse à la deuxième question de savoir quelles seront les responsabilités du nouveau commissaire bulgare. Il est possible que le poste vacant de Mme Gueorguieva donne lieu à un remaniement au sein de la Commission. C’est dans les prérogatives de M. Juncker de redistribuer les portefeuilles ou d’en créer de nouveaux, souligne cet hebdomadaire. Selon le premier ministre bulgare, il serait bien pour la Bulgarie d’obtenir les portefeuilles environnement ou développement régional. Mais cela paraît peu probable étant donné qu’ils sont actuellement confiés à Malte et à la Roumanie.

Le vice-premier ministre Tomislav Dontchev ayant assuré que les gouvernants disposent de suffisamment de candidats potentiels, les médias ont essayé de deviner leurs noms. On a spéculé avec les noms de la ministre de la justice Ekaterina Zaharieva, d’Iliana Tsanova, vice-présidente du Fonds européen pour les investissements stratégiques, d’Iliana Ivanova, membre de la Cour des comptes de l’UE, de la vice-première ministre et ministre de l’éducation Meglena Kouneva, de la ministre du développement régional Liliana Pavlova, voire avec celui de Tomislav Dontchev. Réagissant aux réactions en amont de la gauche, selon lesquelles une candidature du président sortant de la République, M. Plevneliev, serait une gaffe, le premier ministre a repoussé une telle éventualité en affirmant que celui-ci était censé finir son mandat. Dans une tentative de déjouer les spéculations, M. Plevneliev a, au contraire, apporté de l’eau au moulin, se disant prêt à « être utile à la Bulgarie et à l’Europe unie d’une manière sensée ».

D’autres sources ont avancé le nom d’Ivaïlo Kalfine, candidat d’ABC à l’élection présidentielle, voyant en lui la capacité d’assumer les responsabilités de Kristalina Gueorguieva en matière de budget. Selon le député Kristian Viguenine, une telle option n’est pas à ignorer si M. Borissov envisage d’attirer ABC dans une future coalition gouvernementale.

A un moment, une thèse a été avancée selon laquelle incapable de gagner l’élection présidentielle au second tour, M. Borissov serait prêt à proposer le poste de membre de la Commission européenne à Iskra Mihaïlova, eurodéputée et présidente de la commission du développement régional au Parlement européen, afin de s’assurer le soutien, lors du second tour, de son parti d’origine, le MDL.

De toutes ces candidatures, celle d’Ekaterina Zaharieva semble être la plus consensuelle, estime Ikonomist. Ancienne vice-ministre du développement régional dans le gouvernement Borissov I et vice-première ministre dans deux gouvernements intérimaires, elle est considérée dans les milieux du GERB comme tout à fait appropriée au poste de commissaire européen, indique l’hebdomadaire.

Capital, estime à son tour que la succession de Kristalina Gueorguieva fera partie des marchandages électoraux. A titre de preuve, il avance le fait que M. Borissov a laissé le règlement de cette question pour après les élections bien qu’il ait été au courant depuis des semaines (selon des sources de Capital) des plans de la commissaire de quitter son poste. Ensuite, la rapidité avec laquelle le premier ministre a écarté une candidature éventuelle du président Plevneliev accrédite les soupçons de tractations politiques. Dommage, écrit Capital, puisque les responsabilités au sein de la Commission sont réparties en fonction des compétences des candidats et M. Plevneliev, avec son profil de chef d’Etat sortant et de technicien, avec son expérience de gestionnaire, sa bonne réputation et ses contacts en Europe, sa connaissance du secteur du développement régional (convoité par le premier ministre) et sa bonne maîtrise de l’anglais et de l’allemand, pourrait être la bonne candidature. Ainsi qu’une chance pour la Bulgarie de maintenir le niveau élevé des fonctions de Mme Gueorguieva. Au contraire, toute candidature de compromis risque d’isoler le pays au sein de la Commission et signifierait un énorme pas en arrière par rapport aux acquis actuels, conclut le journal. (Ikonomist, Capital)

Le scandale

A la veille de l’élection présidentielle le parquet rouvre l’affaire Yaneva Gate

Le parquet de la ville de Sofia a rouvert l’enquête sur l’affaire Yaneva Gate relative à l’implication personnelle du premier ministre dans le traitement de dossiers judiciaires. Celle-ci a été dénoncée par la publication en ligne par le site d’investigation Bivol d’enregistrements « non autorisés » d’entretiens entre Vladimira Yaneva (ancienne présidente du tribunal de grande instance de Sofia, condamnée au début de 2016 à une peine d’un an d’emprisonnement assortie d’un sursis avec mise à l’épreuve pour avoir autorisé des écoutes téléphoniques en violation des procédures légales), Roumiana Tchenalova (ancienne juge au même tribunal, impliquée dans des affaires de corruption dont l’affaire Belvédère, suspendue de ses fonctions et mise en cause pour abus de pouvoir et infractions relatives au traitement des affaires dont elle avait la charge) et Momtchil Mondechki (avocat spécialiste de l’affaire Belvédère, « trafiquant d’influence » et « tirelire » de Vladimira Yaneva à l’époque où elle a été présidente du TGI de Sofia). Pour rappel, l’enquête ouverte après la publication d’une première série d’enregistrements depuis l’automne 2015 avait été classée, le Parquet ayant estimé que les enregistrements étaient manipulés, bien qu’une expertise effectuée par un laboratoire indépendant irlandais ait prouvé le contraire. Le 3 octobre dernier le site Bivol avait relancé le feuilleton en mettant en ligne de nouveaux enregistrements « non autorisés » d’entretiens entre les trois interlocuteurs (voir notre revue du 12 octobre).

Selon Roumiana Arnaoudova, porte-parole du Parquet, cette affaire classée en juillet a dû être rouverte mercredi soir à la suite de la publication de l’interview de l’avocat Momtchil Mondechki dans Troud, dans laquelle il déclarait que les enregistrements avaient été faits exprès par les deux juges et lui-même afin d’exercer une pression sur le premier ministre et le procureur général en cas de poursuites contre les deux juges. Dans cette interview, maître Mondechki avançait la thèse que Christo Ivanov, ancien ministre de la justice, et Ivo Porokopiev, propriétaire du groupe Ikonomedia, « avaient demandé quelque chose d’intéressant contre Borissov et Tsatsarov à la juge Tchenalova en lui promettant de l’aider à être rétablie au sein du système judiciaire ». C’est ainsi que les enregistrements se seraient retrouvés sur les pages du site Bivol, selon ledit avocat.
Immédiatement après la publication de cette interview Roumiana Tchenalova avait qualifié la thèse de Momtchil Mondechki de « mensonge sidérant ». Pour rappel Roumiana Tchenalova avait affirmé avoir eu de tels échanges avec les deux autres interlocuteurs mais n’être pas au courant de la façon dont les enregistrements avait été faits. Pour sa part, Christo Ivanov, tout en démontrant l’absurdité de cette thèse, avait appelé le parquet à rouvrir l’enquête dans la mesure où un deuxième interlocuteur avait confirmé l’authenticité des échanges. Enfin, le premier ministre Boïko Borissov avait considéré avoir ainsi reçu une confirmation « officielle » de sa thèse consistant à dire que les enregistrements étaient manipulés et visaient à ternir son image. Il avait insisté pour que les déclarations de l’avocat soient vérifiées.

« Je suis content que le premier ministre veuille également qu’on vérifie les enregistrements concernant le Yaneva Gate, ce que je demandais d’ailleurs depuis un an », avait déclaré hier Lozan Panov, président de la Cour suprême de cassation. Il avait rappelé que lorsqu’il l’avait demandé une première fois en janvier dernier, le premier ministre lui avait envoyé un texto et était venu en personne l’accuser devant les membres du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) de vouloir s’attaquer à lui politiquement (voir notre revue du 15 janvier).
Revenant à la thèse de maître Mondechki, M. Panov a observé n’être pas en mesure de comprendre comment de pareils enregistrements « suicidaires » pouvaient aider les deux magistrates à éviter les procédures disciplinaires.

Plus tard dans la journée, le centre de presse d’Ekaterina Zakharieva, ministre de la justice, avait diffusé l’appel de la ministre à ce que le CSM ouvre une nouvelle enquête sur Yaneva Gate et que la commission de déontologie de l’Ordre des avocats se saisisse. « Se compromettre soi-même pour se protéger me paraît absurde. C’est du chantage », déclarait la ministre au sujet des affirmations de l’avocat.

Hier dans une longue interview accordée au site Bivol, Roumiana Tchenalova accuse l’avocat Mondechni d’avoir fait ses déclarations à la demande de Delian Peevski qui est son employeur. M. Mondechni a voulu témoigné par ces « aveux » absurdes publiés dans un journal appartenant à Peevski sa loyauté à l’égard de Borissov, de Tsatsarov et de Peevski.

« C’est à la fois une stratégie de défense et une erreur stupide dans la mesure où il est évident que ces enregistrements ne peuvent pas être faits dans un studio et que les faits concrets évoqués sont facilement vérifiables », renchérit maître Nikolaï Hadjiguenov dans la même interview pour Bivol. Maître Hadjiguenov a saisi l’Ordre des avocats en lui demandant de priver Momtchil Mondechki de ses droits. Roumiana Tchenalova et maître Hadjiguenov estiment que la classe politique est effrayée par cette affaire car tous les faits dénoncés dans les enregistrements sont vrais.

L’hebdomadaire Capital a publié dans son numéro d’aujourd’hui un long article intitulé « Le cheval de Troie de Peevski » qui dénonce les liens de l’avocat Momtchil Mondechki et de son frère Mladen Mondechki avec le député Delian Peevski et le MDL ainsi que leur implication dans l’affaire KTB. (Mediapool.bg, dnevnik.bg, bivol.bg, Capital)

Rubrique France

Mediapool informe de l’entrée en vigueur aujourd’hui de l’Accord de Paris sur le climat, signé lors de la conférence COP21 à Paris (30 novembre - 12 décembre 2015) et engageant 195 États à réduire leurs émisisons de gaz à effet de serre. La COP22 qui débute lundi à Marrakech doit tracer le chemin pour sa mise en œuvre.

Dernière modification : 04/11/2016

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