Vendredi 6 janvier

2017 : Elections anticipées, croissance ralentie

Les élections anticipées en Bulgarie ont un impact négatif sur le développement de l’économie. Aspirant à faire preuve de générosité, les gouvernements démissionnaires consomment plus de services, achètent des électeurs en leur assurant des avantages. En 2013 et en 2014, l’instabilité politique a coûté respectivement 0,4 % et 1,5% de plus de dépenses du PIB. Alors que sous la décennie 1998-2008, exempte d’élections anticipées, les déficits des gouvernements ne dépassaient pas un quart de la croissance économique et un excédent budgétaire de 2,1% du PIB couronnait chaque exercice, depuis 2009 au contraire, les déficits budgétaires sont parfois deux fois plus importants que la croissance économique, sous l’effet des hausse des pensions de retraite, des seuils minimum de sécurité sociale et d’autres « avantages ».

Pourquoi les élections anticipées sapent-elles la croissance économique ? Krassen Stantchev, professeur d’économie politique et de théorie du choix public et consultant économique de sociétés privés, livre ses éléments de réponses.

Les élections anticipées stimulent la redistribution des parts dans le domaine de l’économie. Les marchés publics, dont le volume après 2007 constitue 16% du PIB, reflètent le mieux ce problème. Le changement fréquent de leurs attributaires sous divers prétextes ralentit la mise en œuvre des activités programmés et diminue ainsi le potentiel de croissance économique. Un ralentissement dont la part du PIB s’élèverait à 0,5%.

Les élections anticipées catalysent des initiatives législatives infondées et souvent nuisibles. Les amendements aux lois relative à l’énergie, aux grandes surfaces et à l’impôt sur la santé en sont des exemples, comme d’ailleurs toute une série de projets de loi qui compliquent la mise en œuvre des contrats, accordent des privilèges aux débiteurs et augmentent les dépenses des banques, des fonds de pension privés et des sociétés financières. Ainsi, les pertes irréversibles dues à l’imposition illégale des producteurs d’énergie verte en 2013 s’élèvent à 0,6% du PIB. Les amendements au Code de sécurité sociale en 2014 obligeant les particuliers de changer de fonds de pension seront certainement annulés en 2017.

Par ailleurs, l’utilisation du pouvoir judiciaire pour la redistribution d’influence, l’annulation de contrats et la saisie d’actifs devient un phénomène très prononcé depuis 2012. La pression relève soit d’une action concertée avec le pouvoir exécutif, soit de la seule initiative du pouvoir judiciaire, soit d’une mobilisation de tous les outils du judiciaire et de l’exécutif. Les limogeages publics des représentants de la puissance publique dans les sociétés de distribution d’électricité au moment des protestations contre les prix de l’électricités régulés par l’Etat, les étranges actes d’enquête contre le propriétaire d’une banque (KTB) et ses collaborateurs et la révélation par des ambassadeurs étrangers de « coalitions de partenariats judiciaire-privé » en sont des exemples. La faillite de la KTB, les tentatives de spoliation de la société Belvédère et de changement des contrats signés par la société Glorient Investment constituent les exemples les plus célèbres de l’utilisation du pouvoir judiciaire pendant des périodes d’instabilité politique

En démissionnant, le GERB a ainsi offert une économie qui fonctionne relativement bien à un gouvernement qui risque d’aggraver la situation budgétaire et de chercher une redistribution de l’influence dans le domaine de l’économie. Dans un contexte économique permettant de préserver une croissance de 3%, les élections anticipées la feront passer à environ 2%.

Le contexte international, l’aspiration au protectionnisme et l’éventuelle mise en œuvre des idées du nouveau président des Etats-Unis diminueront la croissance globale du PIB de 0,3%. Cette menace aura un impact beaucoup plus important sur la Bulgarie dans la mesure où elle fait partie des économies les plus ouvertes dans le monde (26e des 75 pays observé par l’Open Market Index pour 2015) et où le volume de son commerce extérieur constitue 135-140% du PIB. En revanche, le Brexit n’aura pas d’effets directs négatifs sur la Bulgarie en 2017 et en 2018. Des politiques européennes à l’égard du Royaume-Uni renforçant la concurrence fiscale et régulée au sein de l’UE seraient favorables à la Bulgarie. (Ikonomist)

A l’Est, absolument rien de nouveau

Dans les pages de l’hebdomadaire Ikonomist, le chercheur Dimiter Betchev, directeur de l’Institut pour les politiques européennes à Sofia, livre son analyse sur les attentes fondées ou non de revirement dans la politique étrangère bulgare.

En parcourant les médias bulgares, le lecteur reste avec l’impression que la Bulgarie, point de croisement de conflits géopolitiques, est dans l’épicentre des événements et des processus internationaux. Habituée à présenter la politique intérieure comme une projection de la course entre les puissances mondiales, la presse ne présente plus l’opposition gauche/droite comme une concurrence entre idéologies, mais comme une opposition entre l’Occident et la Russie. A leur tour, les médias internationaux, comme dans les meilleures années de la guerre froide, alimentent l’image de la Bulgarie comme d’un champ d’émulation entre l’Est et l’Ouest. Ainsi par exemple la victoire de Roumen Radev à l’élection présidentielle a-t-elle été assortie de titres dans la presse occidentale comme « Le candidat du Kremlin l’a emporté sur les forces pro-occidentales ».

Où va la Bulgarie ? Son orientation géopolitique dépend-elle avant tout du déplacement de couches tectoniques dans la politique européenne et mondiale ?

Commençons par l’UE qui traverse une crise grave. Il convient de rappeler pourtant que c’est grâce aux séismes internes que l’Union a su progresser jusqu’à présent vers plus d’intégration. Mais cette fois-ci les problèmes non résolus dans la zone euro, la révolte populiste contre Bruxelles et les élites nationales, ainsi que le Brexit mettent plus que jamais l’UE en porte-à-faux. Quelle en sont les répercussions sur la Bulgarie ? D’abord, l’affaiblissement de la pression européenne pour plus de réformes. Depuis l’adhésion du pays à l’UE, les élites bulgares ne cessent de démontrer leur capacité d’adaptation. Sur le papier, tout est comme il faut, alors qu’en réalité rien ne change. Malheureusement, cette adaptabilité des politiciens bulgares se voit renforcée par les forces centrifuges au sein de l’Union. A cette date, Bruxelles ne dispose que d’une seule arme puissante d’influence sur la politique bulgare : les fonds européens. Quant au mécanisme de coopération et de vérification, dont fait partie le suivi sur la justice, on compte sur les doigts ceux qui continuent encore à croire en ses vertus.

Est-ce à dire que la Bulgarie peut chercher d’autres alternatives ? Peut-elle choisir la Russie et tourner le dos à l’Occident ? Il est peu probable qu’il y ait un revirement brusque dans l’orientation du pays et cela pour plusieurs raisons. D’abord, la Russie elle-même ne propose pas grand-chose. Ce n’est plus le temps où le Kremlin pouvait financer ses ambitions impériales en Europe de l’Est. Aujourd’hui, l’investissement dans des sites en ligne de (dés-)information ou des leaders politiques semble avoir remplacé, faute de moyens, les rêves impériaux d’antan.

Ensuite, la très large majorité des Bulgares soutient l’appartenance du pays à l’UE et à l’OTAN. Même ceux qui éprouvent des sympathies à l’égard de la Russie, alimentées par les vieux livres d’histoire, ou de la haine envers les Etats-Unis, ont leurs plans de vie liés à l’Occident.

Et Trump dans tout cela ? Les engagements du président élu américain ne sont pas encore clairs. Washington sera-t-il prêt à défendre les pays baltes par exemple en cas d’agression russe ? Personne ne peut le dire de façon catégorique. Et c’est cette absence de clarté qui montre à Moscou qu’elle peut utiliser sans trop de risque la menace militaire comme un outil d’influence politique ou diplomatique. Mais paradoxalement, c’est l’escalade de la tension et l’imprévisibilité qui peuvent ruiner les intentions de transaction entre la Russie et les Etats-Unis. La crise ukrainienne n’a-t-elle pas démontré que, souvent, les événements suivent leur propre logique, en dépit des objectifs visés par les chefs d’Etat ?

Il serait difficile d’aboutir à un accord entre MM. Trump et Poutine pour une autre raison également. Face à ses propres prétentions (retrait des forces de l’OTAN de ses frontières, levée des sanctions économiques, reconnaissance informelle de l’annexion de la Crimée, dénonciation des accords d’association conclus entre l’UE et l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie, etc.), la Russie n’offre qu’un front commun en Syrie contre Daech. Mais tant que les Etats-Unis ne s’engagent pas résolument sur la protection de la paix en Syrie après la guerre, la menace du djihadisme continuera à peser sur le monde. Autrement dit, l’apport de Moscou pèsera moins que le prix politique exigé par le président russe.

Par conséquent, d’après le scénario le plus probable, la Bulgarie poursuivra à l’avenir sa politique étrangère équilibrée. Le nouveau président Roumen Radev atténuera le discours radical à l’égard du Kremlin mais sans pouvoir faire pencher la balance à Bruxelles en faveur de telle ou telle partie. Si MM. Trump et Fillon, au cas où ce dernier est élu président français, arrivent à dégeler les relations avec la Russie, les principaux acteurs politiques en Bulgarie (Radev, Borissov, PSB, MDL…) en seront très contents. Mais en cas de nouvelle tension entre Moscou et l’Occident, la Bulgarie se rangera, bon gré, mal gré, du côté de l’UE et de l’OTAN. Et l’impression qu’on est en train de vivre des changements radicaux peut s’avérer illusoire. (Ikonomist)

Dix ans après l’adhésion de la Bulgarie à l’UE : bilans d’experts, à défaut de commémoration

Le 1er janvier 2017, la Bulgarie a passé le cap des dix ans de son adhésion à l’UE. A cette occasion, si les institutions et les partis politiques ont brillé par leur discrétion, plusieurs experts ont dressé leur bilan de cette décennie et tenté de déceler ce qui marche et ce qui ne marche pas entre les Bulgares et l’Europe. Standart a donné tribune à Vessela Tcherneva, chef du bureau de Sofia du Conseil européen de politique étrangère.

Le bilan de l’appartenance de la Bulgarie à l’UE peut se résumer aux flux de fonds européens qui ont amélioré le niveau de vie. A l’exception des années de crise 2008-2009, la Bulgarie maintient depuis dix ans une croissance économique constante et des investissements étrangers en hausse continue. Ce phénomène est porté par le flux soutenu et l’importance des financements européens. Toutefois, le progrès réalisé depuis l’adhésion dépasse le domaine de l’économie : les Bulgares se sont ouverts à d’autres priorités. Désormais, on parle beaucoup plus souvent d’environnement et de normes européennes, de droits des consommateurs, de la qualité des denrées alimentaires, des échanges en matière d’éducation et de techniques.

Malheureusement, la croissance économique ne permet pas encore au pays de rattraper le niveau de vie européen. Ce qui est compréhensible, vu le niveau des revenus extrêmement bas il y a dix ans à peine. Et là, on touche à la question des réformes structurelles que le pays devait réaliser pour profiter au mieux de son appartenance européenne. La responsabilité des maux bulgares incombe aux Bulgares eux-mêmes. Aucune force extérieure n’est en mesure de leur imposer les réformes dont ils ont besoin. Même le mécanisme de coopération et de vérification n’a pas pu jouer son rôle de catalyseur. Les réformes ne viendront que si la société et les politiciens le souhaitent, et il est évident que la Bulgarie ne le souhaite pas assez. Mais les Bulgares comprennent bien ce qui se passe et leur mécontentement grandit envers les institutions nationales, alors que leur confiance dans les institutions européennes est aujourd’hui plus grande qu’au moment de l’adhésion, conclut Mme Tcherneva.

Ikonomist publie à son tour les points de vue d’économistes et politologues bulgares. Selon Bojidar Danev, président de l’Association des entreprises bulgares, l’adhésion à l’UE a eu pour la Bulgarie l’effet d’une « radicalisation de marché », un processus auquel le pays n’était pas préparé. L’ouverture au marché occidental a conduit à l’exode des personnes à l’esprit d’entreprise et a drainé les cadres les mieux préparés.

Pour le politologue Boris Popivanov de l’Institut Ivan Hadjiiski, l’appartenance à l’UE, tout en apportant aux Bulgares de l’assurance et des normes civilisées dans la politique, l’économie et la vie sociale, a fini par durcir chez eux l’illusion d’avoir trouvé un nouveau « grand frère dont l’obligation sera de nous nourrir et que nous paierons avec de la loyauté ». La Bulgarie n’a pas pu profiter de son intégration européenne pour créer et affermir ses propres priorités nationales.

Enfin, le politologue Antoniï Galabov relève que les attentes des citoyens bulgares de voir l’UE contrôler les gouvernants bulgares, là où les Bulgares eux-mêmes avaient échoué, ne se sont pas réalisées. Les élites bulgares, quant à elles, ont échoué à appréhender l’adhésion de la Bulgarie autrement que par les fonds européens. Enfin, le manque de clarté quant à l’élargissement de l’UE dans les Balkans a suspendu le processus d’adhésion de pays voisins, empêchant aisni la stabilisation de la région et sa prospérité (Standart, Ikonomist)

Dernière modification : 06/01/2017

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