Vendredi 8 juillet

Le komşuluk

Le tribunal refuse d’enregistrer le parti politique DOST au prétexte de considérations pseudo-linguistiques

Le tribunal de grande instance de Sofia a refusé d’enregistrer le parti DOST récemment créé par l’ancien leader du MDL, Lioutvi Mestan. Selon l’argument principal de la juge unique Lilia Ilieva, DOST est un mot d’origine turque qui présage de la propension « ethnique » du nouveau parti.

Cet argument-massue de la juge est étayé par un extrait du dictionnaire de la langue bulgare selon lequel DOST signifie « ami » en turc, alors qu’il est inadmissible que des mots turcs soient scandés lors des réunions publiques. Le tribunal ne mentionne même pas qu’il s’agit en l’occurrence d’une abréviation de « Démocrates pour la responsabilité, la solidarité et la tolérance ».

Selon un autre motif du refus d’enregistrement, parmi les fondateurs du parti figurent beaucoup de citoyens bulgares aux noms turcophones, ce qui renvoie également, estime la juge, à l’idée de vocation ethnique de ce parti. Le tribunal passe sous silence le fait que c’est le cas de deux autres partis politiques, représentés au parlement : le MDL et le Parti populaire pour la liberté et la dignité.

Qualifiant la décision de la juge de « mauvaise nouvelle pour l’image démocratique et euro-atlantique de la Bulgarie », Lioutvi Mestan a immédiatement annoncé son intention de faire appel devant la Cour suprême de cassation. Dans un communiqué de presse diffusé ce matin, le leader du parti interdit souligne que « les motifs du refus d’enregistrement transforment en convictions les doutes quant à la partialité de la juge Ilieva dont le DOST avait demandé la récusation ».

Soulignant de nouveau le manque d’objectivité de la juge, M. Mestan indique que le fait même que celle-ci cite un dictionnaire de la langue bulgare montre qu’il s’agit d’un mot d’origine étrangère entré dans l’usage à l’instar de beaucoup d’autres emprunts. « Si l’on pousse la logique de la juge jusqu’au bout, il faut conclure que tout parti qui choisisse la dénomination de ‘démocratie’, mot d’origine grecque, ne doit pas être enregistré ». Mais comme DOST est aussi un acronyme, il faut également conclure que le nom du parti au pouvoir, GERB, est inacceptable puisque le mot bulgare auquel il renvoie (armoiries) est d’origine allemande (‘Erbe’, héritage). S’agit-il d’une approche deux poids deux mesures de la part de la justice bulgare ?, demande M. Mestan.

En ce qui concerne la composition ethnique du parti, M. Mestan relève que la vocation d’un parti, qu’elle soit ethnique ou autre, est appréhendée en fonction de ses objectifs politiques et non en fonction de l’ethnicité de ses membres. Sinon, on devrait interdire tout parti dont la partie prépondérante des membres appartient à l’ethnie bulgare. S’agit-il d’une discrimination sur la base de l’ethnicité ?, s’insurge-t-il.

Enfin, M. Mestan rappelle que le sujet du droit constitutionnel d’association, c’est le citoyen, sans distinction ethnique ou religieuse.

Mediapool note que les problèmes autour de l’enregistrement du parti avaient commencé dès l’introduction de la demande (voir aussi notre revue du 7 juin 2016). Après l’examen des statuts, la juge Ilieva avait demandé des rectifications qui frôlaient le pinaillage : remplacer le mot « instauration » par « affermissement » dans les statuts ; indiquer nommément les forces réformatrices au sein de la société bulgare ; citer les modifications que le parti envisage de réaliser au niveau de la Constitution et de la justice, etc. En outre, le tribunal avait refusé d’accepter les copies conformes, visées par un notaire, des 9 180 demandes individuelles d’adhésion et exigé les originaux. (mediapool.bg, dnevnik.bg)

L’entretien

Sur le flanc sud-est de l’OTAN : nuageux, risque de précipitations

A la veille du sommet de l’OTAN qui se tiendra à Varsovie, tout juste vingt-cinq ans après la dissolution du pacte de Varsovie, le journaliste Panaïot Angarev de Sega s’entretient avec Daniel Mitov, ministre des affaires étrangères participant avec Nikolaï Nentchev, ministre de la défense, à la délégation bulgare au sommet, dirigée par Rossen Plevneliev, président de la République.

Les Etats de la dimension sud-est de l’OTAN aspirent à ce que l’Alliance garantisse leur sécurité, souligne le ministre en introduction de son interview. C’est pourquoi ils insistent pour que tout le flanc sud-est de l’OTAN soit traité sur un pied d’égalité et souhaitent avoir en l’assurance à tout moment. En même temps, ils doivent se rendre compte de l’origine des risques dans la région de la mer Noire, devenue la zone commune des conflits en Ukraine et au Proche-Orient. Les menaces qu’ils sont susceptibles de générer ne doivent pas être sous-estimées par la Bulgarie qui ne doit pas céder à la tentation d’être insuffisamment active en mer Noire. Et c’est à l’OTAN qu’il appartient d’y veiller afin que la Bulgarie ne compromette pas sa propre sécurité et avec elle celle de toute l’Alliance, préconise le ministre.

La délégation bulgare porte un mandat clair au sommet dont l’objectif est d’engranger les progrès réalisés par rapport aux objectifs fixés lors du sommet au pays de Galles, il y a deux ans. Des décisions à long terme concernant la poursuite du processus d’une adaptation politique, militaire et institutionnelle de l’Alliance doivent être prises en réponse à l’évolution de l’environnement de sécurité afin de garantir que l’OTAN restera la principale source de sécurité et sera prête à défendre chacun de ses membres. Par conséquent, des décisions relatives à la défense collective et au renforcement du potentiel dissuasif doivent être prises. Cela implique une présence renforcée sur le flanc est. D’autres thèmes relèvent de la déclaration commune attendue entre l’UE et l’OTAN en vue d’une coopération renforcée. La crise en Ukraine et les relations entre la Russie et l’OTAN, le renforcement de la capacité de défense en Irak ainsi que le prolongement de la mission en Afghanistan seront également discutées.

« La Bulgarie n’a jamais adhéré à l’idée de la création d’une éventuelle flotte commune en mer Noire, avec la participation de la Roumanie, de la Bulgarie et de la Turquie (voir nos revues du 16, 17 et 21 juin). Nous avons toujours insisté pour qu’il y ait une présence renforcée mais sous le commandement de l’OTAN et conformément à la convention de Montreux. Nous n’avons jamais fait partie d’une entente régionale. Il y en a déjà deux en mer Noire, Black SeaHarmonie et Blackseafor, qui ont été gelées à cause de la participation de la Russie qui rend impossible leur existence. Dans un contexte où une atteinte à l’équilibre des forces en mer Noire a été portée dans la mesure où il y a face au gros armement de la Russie un manque de potentiel, il est normal que les Etats de l’Alliance tentent d’améliorer leur interopérabilité. Les efforts de l’OTAN ne visent que l’acquisition de capacités de dissuasion et de défense par l’intermédiaire d’entraînements intenses. En ce sens, l’OTAN ne constitue pas une menace et ne fait que travailler pour le rétablissement de l’équilibre stratégique, militaire et de droit international en mer Noire. [Lors de mon entretien avec Sergueï Lavrov,] j’ai déclaré que les interventions de l’OTAN en mer Noire ne constituent pas une menace pour la partie russe. La participation de la Bulgarie à ces entraînements est dans l’intérêt de la défense bulgare et du renforcement de sa capacité afin qu’elle soit en mesure de contribuer partiellement au rétablissement de l’équilibre », explique le ministre en précisant que la position de la Bulgarie sur la crise en Ukraine, les sanctions et la sécurité dans la région de la mer Noire reste inchangée. La Bulgarie est membre de l’OTAN et de l’UE et il est normal qu’il y ait un décalage entre les priorités des parties russe et bulgare, considère le ministre.

Enfin, le ministre précise que ni « les loups de Poutine », ni les réfugiés n’ont à voir avec la position bulgare au sommet de l’OTAN. (Sega)

L’analyse

Erdoğan bifrons : les deux visages de la diplomatie turque

Ikonomist publie un commentaire de Zdravko Popov, président de l’Institut de politique publique et ancien diplomate, sur la politique étrangère de la Turquie.

Ces derniers temps, on assiste à une métamorphose surprenante du visage diplomatique de la Turquie. On s’était habitué à voir un visage maussade, orgueilleux et même hostile ; à présent on découvre un autre visage : amical, coopératif et même humble, écrit M. Popov. L’auteur vise deux démarches diplomatiques d’Ankara de ces derniers jours : la décision de M. Erdoğan de dégeler en une journée les relations de la Turquie avec la Russie et Israël (voir la revue du 4 juillet).

Mevlüt Çavuşoğlu, ministre des affaires étrangères turc, s’est entretenu avec son homologue russe Sergueï Lavrov en marge de la 34ème rencontre du Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Organisation pour la coopération économique en mer Noire (OCEMN) à Sotchi (Russie). Ils ont négocié un entretien entre les présidents des deux pays pour fin juillet ou début d’août. Il est évident que le nouveau visage de la Turquie commence à produire des effets positifs. Il en est de même pour les relations d’Ankara avec Israël.

Mais il est difficile de dire si on pourra s’attendre à des résultats semblables dans les relations de la Turquie avec les Etats-Unis et l’UE. Ces derniers temps, le président américain tient à l’écart son homologue turc en dépit de la position traditionnelle américaine envers le pays, considéré comme un partenaire stratégique dans la région. Selon l’auteur, les Américains ne peuvent pas pardonner à M. Erdoğan sa politique hostile aux Kurdes syriens, qui sont considérés par Washington comme des alliés sûrs dans la lutte contre Daech, alors que pour la Turquie ils sont des terroristes et des ennemis.

On a vu également l’autre visage de la Turquie après l’adoption par les députés allemands de la résolution reconnaissante le génocide arménien (voir la revue du 8 juin). M. Erdoğan s’est même permis de contre-attaquer en affirmant que Berlin n’avait pas la légitimité morale pour accuser la Turquie d’avoir commis un génocide, vu qu’elle a elle-même exterminé 6 millions de Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Alors, quel est le vrai visage de la diplomatie turque : l’agressif ou l’amical ? Pour l’auteur il s’agit plutôt d’un « jeu de masques » dépendant des problèmes que la Turquie doit résoudre. Aujourd’hui, ces problèmes sont nombreux et divers : économiques, politiques, militaires, idéologiques. L’idée que la politique étrangère du pays est une projection directe de sa politique intérieure s’impose de plus en plus. Et si on veut comprendre le comportement du pays sur la scène diplomatique, il faut d’abord comprendre les processus qui dessinent sa politique intérieure.

Or, le processus qui domine la politique turque depuis 2002 est la graduelle acquisition individuelle et autoritaire de tout le pouvoir par M. Erdoğan. Même ses compagnons les plus proches comme Abdullah Gül et Ahmet Davutoğlu n’ont servi qu’un temps : ce n’est pas par hasard si tous deux ont été ministres des affaires étrangères, souligne l’auteur. S’il y a bien deux visages de la politique turque, ne serait-il pas plus correct de parler des deux visages d’Erdoğan lui-même vu le fait qu’il la symbolise et l’utilise [pour ses propres fins] ? (Ikonomist)

Word - 277.8 ko
(Word - 277.8 ko)

Cette revue de presse, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, se limite à présenter des éléments publiés dans les médias bulgares. Elle ne reflète en aucun cas la position de l’ambassade ou du gouvernement français.
© Tous droits de diffusion et de reproduction de cette revue de presse sont réservés à l’Ambassade de France en Bulgarie

Vous vous êtes inscrit ou avez été inscrit à la liste de diffusion presse.sofia-amba. Si vous souhaitez ne plus recevoir de message, cliquez sur ce lien et envoyez le message tel quel.

Dernière modification : 08/07/2016

Haut de page