Vendredi 9 décembre

L’intrigue

Dans les coulisses de la désignation du prochain commissaire bulgare

Moins d’un mois avant le départ de Bruxelles de Kristalina Gueorguieva, commissaire européenne, la position du gouvernement démissionnaire sur la nomination du prochain commissaire bulgare n’est pas claire.

Interrogé à ce sujet vendredi dernier, Boïko Borissov, premier ministre, avait déclaré que « c’est à Radev [le nouveau président] de le faire [désigner le successeur de Kristalina Gueorgieva] après avoir nommé le gouvernement intérimaire ». Selon des sources proches du premier ministre, ce sujet ne relève pas de l’agenda de M. Borissov, bien qu’il soit inclus dans l’ordre du jour du sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement des 15 et 16 décembre prochains. Mais la participation du premier ministre démissionnaire à ce sommet et au dîner informel du Parti populaire européen (PPE) n’est pas certaine.

Cependant, au sein du GERB, certains sont convaincus que le gouvernement démissionnaire désignera le futur commissaire européen. « A cette étape, ce qui est sûr, c’est que ce sera une femme », relèvent des représentants du GERB. Ils déclarent de manière informelle que la candidature la plus probable sera celle de Maria Gabriel, député européenne pendant deux législatures, vice-présidente du groupe du PPE au Parlement européen. Cependant, elle ne satisfait aucune des conditions pour hériter du portefeuille de l’économie numérique de Günther Öttinger. Sa nomination impliquerait donc des remaniements plus importants au sein de la Commission européenne afin de trouver un portefeuille correspondant à son profil. La désignation d’Iliana Ivanova, membre de la Cour des comptes européenne et ancienne député européenne, qui est également discutée, priverait la Bulgarie d’un poste important dans cette institution européenne, estiment des représentants du GERB.

Dans l’espace gauche du spectre politique, la candidature la plus logique serait celle d’Ivaïlo Kalfin, ancien ministre des affaires étrangères et ancien vice-premier ministre et ministre du travail et de la politique sociale dans le gouvernement démissionnaire. Indrek Tarand, eurodéputé estonien du groupe des Verts, a suggéré lors de la discussion du budget européen 2017 que M. Kalfin, qui est « parmi les experts les plus respectés dans le domaine du budget » ferait un successeur logique à Kristalina Gueorguieva. Des sources proches de Boïko Borissov affirment que M. Kalfin peut se faire attribuer un portefeuille important mais ne peut pas être le candidat du GERB.

Inquiet tout de même à cause de la qualité de la relation préservée entre le GERB et M. Kalfin après de la démission de celui-ci du gouvernement, Kristian Viguenin, ancien ministre des affaires étrangères, ancien député européen et actuel parlementaire national du PSB, a déclaré qu’ « une éventuelle désignation du futur commissaire européen par le GERB ne se justifierait ni politiquement, ni moralement » et que même si elle intervenait, le gouvernement intérimaire qu’aura formé Roumen Radev la retirerait et la remplacerait. Selon des représentants du PSB, Kristian Viguenin, qui, malgré l’insistance de Sergueï Stanichev, président du Parti des socialistes européens, n’avait pas pu être désigné par le gouvernement Orecharski au poste de commissaire européen à cause d’une aggravation des relations entre le PSB et le MDL, serait intéressé par la succession de Mme Gueorguieva. (Capital)

L’entretien

L’ambassadeur de Russie parle

Dans son dernier numéro, l’hebdomadaire Ikonomist publie un entretien avec l’ambassadeur de Russie à Sofia, Anatoliï Makarov, qui porte à la fois sur les relations de la Russie avec l’UE et avec la Bulgarie.

Ayant participé à la rédaction de l’accord de 1997 établissant un cadre des relations entre la Russie et l’UE, M. Makarov estime que malheureusement ce dispositif robuste et étendu n’a pas duré par la faute de Bruxelles. « Actuellement, c’est l’accord de partenariat et de coopération de 1994 qui est appliqué. On observe une dissuasion artificielle de la part de l’UE en matière de relations politiques, mais malgré cela [la Russie] est prête à reprendre les travaux avec l’UE sur des questions d’intérêt mutuel. Nous espérons que la Bulgarie saura élaborer un agenda constructif lors de sa présidence du Conseil de l’UE pendant le premier semestre de 2018 », souligne l’ambassadeur.

Le « torpillage volontaire » de la part de Bruxelles de la coopération russo-européenne, continue M. Makarov, n’est ni légal, ni conforme aux besoins communs. « J’espère que le bon sens triomphera et que l’UE renoncera à la logique de confrontation et d’endiguement », souligne-t-il.

Interrogé sur les effets pour la Russie de la politique de sanctions, il indique que son pays en a souffert, mais au lieu de dramatiser la situation, en a profité pour réduire sa dépendance financière, économique et technologique vis-à-vis des pays de l’EU. Vu la politique de diversification économique menée actuellement par la Russie, c’est l’Europe qui risque de perdre certains segments importants du marché russe. En ce qui concerne les sanctions russes, les pertes pour la Bulgarie, dans le seul domaine de l’agriculture, ont été de l’ordre de 20 millions d’euros en 2014.

La Bulgarie est-elle le cheval de Troie de la Russie au sein de l’UE ? La Russie essaie de ne pas utiliser ce type d’étiquettes dans son langage diplomatique, assure M. Makarov. La Bulgarie est membre de l’UE et de l’OTAN et c’est une réalité à cette date. Dans le même temps, les deux pays restent historiquement liées, ont des racines slaves communes, partagent une même religion, l’orthodoxie, et des valeurs similaires. « Je n’estime pas qu’un pays qui fait des efforts pour suivre une ligne autonome en politique étrangère et pour défendre ses intérêts peut être appelé ‘cheval de Troie’ », relève-t-il.

Y a-t-il une guerre hybride de la part de la Russie, comme l’affirment plusieurs politiciens bulgares ? La seule chose qu’on pourrait appeler guerre hybride, c’est la campagne d’information sans précédent menée contre la Russie dans la presse occidentale et, malheureusement, dans plusieurs médias bulgares. « Dans notre travail de communication, nous nous concentrons sur la défense de la vérité, sur le droit de chacun à connaître différents points de vue sur un événement donné. […] Et s’il faut parler de ‘guerre de l’information’, c’est une guerre contre l’oubli et la distorsion des faits ».

Plus loin, M. Makarov note avec plaisir les contacts multipliés dans le domaine de la science et de la culture. En 2016/2017, 286 jeunes Bulgares ont obtenu des bourses du gouvernement russe pour faire leurs études en Russie, alors qu’en 2013-2014, ils n’étaient que huit. En outre, l’intérêt traditionnel des Bulgares pour la langue russe ne tarit pas et c’est toujours la langue dont l’apprentissage est le plus convoité par les élèves et les étudiants bulgares après l’anglais.

Concernant la coopération énergétique, la Russie est prête à étudier tout projet d’infrastructure, qu’il porte sur la Bulgarie ou sur l’Europe du Sud-Est. Si la Russie obtient des garanties juridiques de la part de l’EU et de la Bulgarie, elle pourra examiner sa participation au projet de hub gazier près de Varna et à la construction de la partie maritime du gazoduc qui débouchera sur le territoire bulgare. S’agissant du secteur électronucléaire, le pays est prêt à débattre de sa participation dans la construction d’une 7e tranche à la centrale de Kozlodouï, après remboursement par la partie bulgare de sa dette concernant le projet de centrale à Belene. (Ikonomist)

Rubrique France

La Bulgarie aura sa deuxième exposition au Louvre qui sera consacrée à la culture du Moyen âge, écrit Troud dans un bref compte-rendu sur la visite à Paris du ministre de la culture Vejdi Rachidov et sa rencontre avec le président-directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez. En retour, le Louvre organisera en 2018 en Bulgarie, à l’occasion de la présidence bulgare de l’UE, une exposition consacrée aux mythes fondateurs de l’Europe.

Dernière modification : 09/12/2016

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