Vendredi 9 juin

La diplomatie

Les entretiens de M. Borissov avec M. Macron et Mme Merkel vus par la presse bulgare

La tournée diplomatique du premier ministre bulgare en France et en Allemagne a été largement couverte par les médias bulgares, à l’exception notable de Douma. Dans une interview pour la section bulgare de la Deutsche Welle, Boïko Borissov définit les deux grands sujets qui ont été abordés lors de ses visites : la présidence bulgare du Conseil de l’UE et l’adhésion de la Bulgarie à la zone euro.

Selon le chef du gouvernement, la Bulgarie « mérite d’adhérer à l’antichambre de la zone euro », en vue d’une adhésion ultérieure à la zone qui représente « la chance de la Bulgarie de ne pas passer en deuxième vitesse ». M. Borissov développe également sa proposition de créer un « passeport européen » pour les ressortissants des Balkans occidentaux, qu’il a soumise à Angela Merkel. Selon M. Borissov, il faudra encore beaucoup de temps avant que ces pays remplissent les critères pour adhérer à l’UE et un « passeport européen » aidera leurs citoyens à voyager, à étudier en Europe et à « garder leur euro-optimisme ».

Concernant l’entretien de Boïko Borissov avec Emmanuel Macron, presque tous les articles mettent l’accent sur le soutien de la France pour l’adhésion de la Bulgarie à la zone euro et à l’espace Schengen. La plupart des journaux reprennent les propos du président de la République tenus lors de la déclaration conjointe à l’issue de son entretien avec M. Borissov, mais peu citent dans son intégralité la phrase concernant la zone euro et l’espace Schengen : « Beaucoup d’efforts ont été faits par la Bulgarie en la matière et la France accompagnera ces efforts et la possibilité pour la Bulgarie de pouvoir se rapprocher, voire intégrer, une fois que tous les critères seront remplis, ces deux espaces pour travailler ensemble » [voir la déclaration, publiée sur le site de l’Ambassade]. Les titres retiennent principalement la proposition d’« accompagnement » des efforts du pays : Troud : « La France a promis son aide pour notre adhésion à la zone euro » ; Monitor : « Paris nous a soutenu pour la zone euro et pour Schengen » ; Sega : « Borissov : Paris nous a soutenu pour l’antichambre de la zone euro » ; 24 tchassa : « La France a promis son soutien pour l’euro et pour Schengen ». Seul Capital Daily souligne dans son titre la condition relative à ce soutien : « Borissov : C’est le bon moment d’adhérer à l’antichambre de la zone euro. M. Macron a promis son soutien à l’intégration de la Bulgarie à la zone euro et à l’espace Schengen une fois tous les critères remplis ». Les médias retiennent également des propos de M. Borissov qu’Emmanuel Macron se rendra en Bulgarie au mois d’août [Ndr : dans sa déclaration le chef de l’Etat dit qu’il se rendrait en Bulgarie « avant le 1er janvier prochain »].

Les articles sur l’entretien avec Angela Merkel mettent l’accent plutôt sur les discussions sur l’avenir des Balkans occidentaux et l’appel de Mme Merkel aux sociétés allemandes à investir en Bulgarie. Les journaux soulignent également que la chancelière fédérale a remercié la Bulgarie pour son travail sur la protection de la frontière avec la Turquie en soulignant tout de même la nécessité de renforcer la lutte contre le trafic de migrants. Là encore, Capital Daily est le seul à mettre l’accent sur les propos de Mme Merkel concernant l’adhésion de la Bulgarie à l’espace Schengen, en titrant : « Merkel : [L’adhésion à] Schengen dépend de la lutte contre la corruption et l’Etat de droit ».

A l’issue de cet entretien, M. Borissov a déclaré devant les journalistes bulgares que lors de sa prochaine visite à Ankara, prévue pour la semaine prochaine, il « utilisera son influence » et « fera un grand effort pour la normalisation des relations entre l’UE et la Turquie ». Des propos repris par tous les médias et auxquels Standart apporte tout son soutien. Le journal souligne une phrase d’Emmanuel Macron, lors de la déclaration conjointe à l’issue de son entretien avec M. Borissov : « […] j’ai noté le vrai volontarisme européen porté par le Premier ministre Borissov, je m’en réjouis […] ». Selon le journal, Paris, qui soutient l’approfondissement de l’intégration européenne, doit sans doute apprécier le « mérite de la Bulgarie pour le projet européen commun », dont il donne deux exemples : le taux élevé d’euro-optimisme des Bulgares, comparé à l’euroscepticisme prévalant dans beaucoup d’autres Etats membres, et les efforts de Sofia pour la protection de la frontière extérieure de l’UE et pour la sécurité de l’Union. La Turquie est un facteur clé en ce qui concerne les tentatives de trouver une solution à la crise migratoire et ce sujet figurait au centre des discussions du premier ministre à Paris et à Berlin, poursuit le journal. A Ankara, assure-t-il, M. Borissov informera sans doute le président turc de « la dernière offre de Bruxelles, qui a été consultée avec Mme Merkel et M. Macron » : une « mission lourde » d’intermédiaire entre l’UE et M. Erdoğan, conclut Standart. (tous médias)

Le simulacre

Oppositions, joutes gratuites ou marchandages : à quel jeu jouent les députés ?

Inaugurée le 19 avril, la nouvelle législature peine encore à trouver son rythme de travail. Les séances ne durent pas plus d’une heure et se limitent à des échanges de déclarations et d’accusations sur le thème du communisme et de l’anticommunisme. Ces luttes verbales acharnées contournent habilement les problèmes les plus douloureux de la société bulgare liées à la corruption, aux marchés publics manipulés, à la dépendance du pouvoir judiciaire et des médias. Parvan Simeonov, Evguenii Daïnov et Rouja Smilova, sollicités par le site Mediapool, estiment que ces heurts sur des thèmes secondaires entre majorité et opposition dissimulent mal une impuissance idéologique et une absence de différences substantielles sur le fond.

Parvan Simeonov, directeur de Gallup International et politologue, est le seul des trois analystes à penser que, pour la première fois depuis longtemps, il y a bien une opposition au parlement, incarnée par le PSB. Mais ce parti préfère éviter le thème de la corruption et de la concrescence des pouvoirs pour ne pas avoir à s’attaquer à ces maux en son sein. C’est pourquoi il choisit des thèmes plus idéologiques pour s’opposer au GERB. Un jeu anachronique et dénué de sens, dont on voit mal s’il en est seul à l’origine ou s’il le coproduit avec le GERB. Il est logique que le PSB essaie de saisir l’occasion des attitudes nostalgiques ou « eurasiatiques » dans la société, mais il est absurde que le GERB se costume en anticommuniste.

Sur ce point, M. Simeonov est rejoint par le professeur Daïnov. Ce dernier considère qu’en se prévalant de cet « anticommunisme retrouvé », les politiciens du GERB, pour la plupart ex-membres du Parti communiste bulgare et « communistes d’esprit », c’est-à-dire autoritaires, antidémocratiques et opposés au marché, essaient de marginaliser les partis démocratiques de droite en monopolisant ce thème. Certes, la maladresse de Kornelia Ninova, lorsqu’elle a tenté de convaincre les électeurs sur « ce dont la démocratie les avait privé », a permis au GERB de recueillir à la dernière minute au moins 200 000 suffrages de plus. Mais pour autant, le GERB ne pourra jamais se substituer aux autres partis démocratiques anticommunistes.

Pour Rouja Smilova, il est explicable que le clivage communisme/anticommunisme soit la ligne de démarcation entre les deux grands acteurs politiques bulgares, comme elle l’a été lors de la campagne électorale et surtout « à l’époque de la post-politique », lorsqu’ils ont effacé les différences substantielles entre leurs politiques, notamment en matière de fiscalité, de réforme judiciaire et de sécurité nationale.

En effet, abonde le professeur Daïnov, à la différence des oppositions dans les Etats de l’UE qui luttent pour proposer des alternatives en vue des prochaines élections, en Bulgarie comme en Russie, les minorités parlementaires cherchent à négocier avec la majorité le partage de l’accès aux ressources publiques à proportion de leur représentation à la chambre. Par exemple en Bulgarie, le PSB (et les autres partis représentés au parlement) luttent pour qu’à côté de chaque société de Delian Peevski ayant accès à un marché public, il y ait une petite entreprise du PSB (ou du MDL) qui accède à quelque chose, ajoute le professeur. Il précise cependant que le MDL a depuis longtemps acquis le statut de partenaire de l’oligarchie au pouvoir, alors que le PSB y aspire encore.

Rouja Smilova va plus loin : selon elle, le MDL a la capacité d’ébranler la coalition entre le GERB et les Patriotes unis. Cela pourrait arriver si le MDL soutenait le projet du GERB sur le mode de scrutin majoritaire à deux tours, conformément à une position déjà envisagée publiquement par un de ses députés. Par cette position, le MDL se positionne comme un facteur incontournable dans le gouvernement du pays. Ses positions seront donc à suivre avec beaucoup d’attention, notamment lors de la discussion sur les candidats à un siège du quota parlementaire au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), un domaine où son influence est indiscutable.

Pour les trois analystes, la paresse du parlement s’explique par l’attitude du GERB, dont le seul objectif est de terminer son mandat en défendant le statu quo. Le professeur Daïnov ajoute qu’en ne travaillant pas, le pouvoir législatif s’affaiblit et renforce l’exécutif, lequel est au service de l’oligarchie. (Mediapool)

Dernière modification : 09/06/2017

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