Vendredi 9 octobre

Le discours

Rossen Plevneliev : Schengen est le baromètre de l’état de l’Union européenne

Rossen Plevneliev, président de la République, a inauguré un sommet régional sur le thème des « Nouvelles visions pour le partenariat et le voisinage en Europe », organisé, sous son haut patronage, par le Centre de dialogue politique Petar Stoyanov (NDR : une fondation qui porte le nom d’un de ses prédécesseurs à la tête de l’Etat bulgare, de 1997 à 2002) et le Centre international Nizami Gänjävi (NDR : une organisation basée à Bakou, en Azerbaïdjan, réunissant une trentaine d’anciens chefs d’Etat et de gouvernement, majoritairement originaires d’Europe centrale et orientale). Ce forum a permis de discuter des mesures à prendre pour faire face à la pression migratoire et les questions économiques, politiques et humanitaires qui en découlent. Voici une synthèse du discours inaugural de M. Plevneliev, intitulé « L’Europe du Sud-Est, une région de changements ».
L’Europe fait face actuellement à de nombreux enjeux cruciaux : la migration, le terrorisme, l’instabilité politique et économique. Aucun pays n’est en mesure de relever tout seul les défis contemporains. Eriger des frontières, indépendamment de leur nature, territoriale, économique et juridique, constitue une solution tentante mais temporaire.

Les conflits qui persistent en Syrie, au Proche-Orient et en Afrique du Nord menacent la vie de millions de gens. L’extrémisme croissant qui ne connaît pas de frontières constitue un défi sérieux pour la communauté internationale. Des milliers de gens attendent à la porte d’entrée de l’Europe… Les partis nationalistes en tirent parti et alimentent les craintes des citoyens européens. Avec pour conséquence que la haine, le racisme, la xénophobie, le populisme et le nationalisme agressif prennent de l’ampleur en Europe. […..]

Prévenir les crises implique que l’ONU mette en place un système d’alerte précoce des crises afin de préserver la légalité et les droits de l’homme. La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, l’ont souligné dans leur discours historique devant le Parlement européen.

Face à des flux migratoires sans précédents, l’Union européenne doit faire preuve de solidarité et de responsabilité. [….] Aujourd’hui, lorsqu’un morceau d’une nouvelle clôture est mis en place, lorsque les blocages à la frontière, les barbelés, les canons à eau ou le gaz lacrymogène sont utilisés contre les réfugiés au cœur de l’Europe, l’UE viole ses propres règles, ses propres valeurs et son identité. Prenons Schengen, qui n’est pas en soi qu’une simple loi ou une directive. Schengen est le baromètre qui rend compte de l’état de l’UE. Schengen, c’est le rêve d’une Europe sans frontière permettant de voyager de Sofia à Paris en passant par Berlin et Cracovie sans contrôle d’identité. Or, à l’heure actuelle, certains Etats membres de l’UE dérogent temporairement à l’application des règles de Schengen. Aujourd’hui Schengen est en danger.

La prise en charge des réfugiés ne s’améliorera tant que durera le conflit en Syrie. La communauté internationale doit mettre fin aux combats…et à cette guerre sanglante. Il faut que l’Europe assure le respect des droits de l’homme et assume la tâche de créer des institutions d’Etat en Syrie qui soient au service des gens. […]

Deux décennies après le dernier grand conflit sur les Balkans, l’Europe du Sud-Est a complètement changé de visage. La coopération économique et politique de l’Europe du Sud-Est entre les Etats qui aspirent à la démocratisation et au développement économique permettra à cette région de faire preuve de son potentiel. En ce sens, il n’y pas d’alternative à l’intégration de l’UE qui est le choix stratégique de tous les Etats de la région.

Les Balkans sont également la région où l’Europe doit démontrer qu’elle a tiré des leçons de la crise ukrainienne, qui a changé l’équilibre géopolitique de notre continent. Les citoyens du Maïdan ont fait preuve de leur aspiration à une perspective européenne mais le Kremlin n’a pas voulu renoncer à ses sphères d’influence géopolitique de l’époque de la guerre froide. La Russie tente d’affirmer son influence au-delà même du territoire de l’ancienne Union soviétique. Elle tente de conduire, aujourd’hui, la politique des domaines d’influence et des grandes puissances qui décident du sort des autres Etats souverains. Une politique caractéristique du XIXe siècle qui est à l’origine des deux grandes guerres mondiales, ici en Europe.

Moscou met les Balkans au centre de ses intérêts géopolitiques. Nous sommes préoccupés par le fait que la politique des grandes puissances méprise la souveraineté et la volonté des différents peuples. Cela peut devenir la source d’instabilité en Europe.

L’histoire nous a appris que le point faible de l’Europe, le plus propice à la déstabilisation, ce sont les Balkans. C’est pourquoi l’UE ne doit pas considérer l’Europe du Sud-Est comme sa périphérie mais comme un centre d’intérêts géopolitiques et de politiques européens.

Qui aurait pu imaginer jusqu’à l’an dernier que les frontières d’un Etat en Europe pouvaient être changés par la force ? Ce retour en arrière a donné lieu à l’imposition des sanctions à la Russie. … Cependant, il est inquiétant de voir que ces sanctions ne pourront pas être levées et que l’isolement de la Russie des processus de modernisation et de mondialisation perdurera également.

« Enfin, nous nous trouvons actuellement dans une nouvelle phase d’opposition géopolitique que je définis comme « une paix froide »… […..] pendant laquelle nous sommes face à des « conflits gelés ». Le conflit gelé, est-ce la bonne solution pour l’Ukraine ? N’est-il pas mieux pour les Ukrainiens de trouver une solution durable qui ne peut reposer que sur la souveraineté des Etats, les valeurs humaines et la primauté de la loi ? Car la stratégie des conflits gelés n’est qu’un instrument pour déstabiliser ou soumettre d’autres Etats. (mediapol.bg, president.bg)

L’élection

Konstantin Pentchev, médiateur de la République sortant, élu membre de la Cour constitutionnelle au tire du quota parlementaire

L’Assemblée nationale a procédé hier à l’élection d’un membre de la Cour constitutionnelle de son quota. Les deux candidatures que les députés devaient départager étaient celles de Konstantin Pentchev, médiateur de la République sortant, soutenu par le GERB, et de Mikhaïl Kojarev, membre du Conseil supérieur de la magistrature, proposé par le Front patriotique.

Choisissant d’attaquer la candidature rivale de M. Pentchev plutôt que de vanter les qualités professionnelles de son candidat pendant le débat avant le vote, le chef du groupe parlementaire du Front patriotique, Valeri Simeonov, a sorti un rapport d’audit de 2009-2010, lorsque M. Pentchev était président de la Cour administrative suprême. Parmi les faiblesses constatées par les auditeurs figuraient des infractions à la loi sur les marchés publics et le non-respect du principe de répartition aléatoire des affaires.

M. Pentchev s’est justifié comme il l’avait déjà fait devant la commission des affaires juridiques, qui avait auditionné les deux candidats le mois dernier. Selon l’ancien médiateur, ce rapport ne lui avait pas été envoyé par la Cour des comptes pour qu’il puisse s’y opposer ; de plus, il n’avait jamais été communiqué au Parquet, ce qui aurait dû être fait si les suspicions d’infractions pénales avaient été sérieuses.
M. Simeonov a insisté, en outre, sur le fait que M. Pentchev n’aurait pas déclaré, il y a sept ans, l’acquisition de deux appartements par sa famille et des parts détenues dans une société privée. Enfin, il a lié le soutien au candidat du FP Mikhaïl Kojarev avec le soutien du FP à la réforme constitutionnelle.

Lors du vote, Konstantin Pentchev a obtenu 98 voix « pour » (majoritairement de la part des députés GERB et BR), 12 « contre » et 33 abstentions.
La candidature de M. Kojarev a été soutenu par 62 députés (FP, PSB et ABC), alors que 11 ont voté « contre » et 72 se sont abstenus. Les groupes parlementaires du MDL et d’Ataka n’ont pas participé à l’audience plénière ni au vote.

M. Pentchev, 63 ans, devient donc membre de la Cour constitutionnelle au titre du quota parlementaire, trois mois après que la même législature lui a préféré Maïa Manolova au poste de médiateur, pour lequel il sollicitait un second mandat (voir notre revue du 16 juillet). Diplômé en droit de l’Université de Sofia, il a suivi une formation en protection de la concurrence en France (1991). Durant sa carrière de juge, il a gravi tous les échelons de 1979 à 2004, avec une brève coupure en 1984 lorsqu’il intègre pour deux ans la direction des affaires juridiques du ministère des affaires étrangères. De 2001 à 2004, M. Pentchev siège au parlement au sein du groupe du Mouvement national Siméon II (aujourd’hui, Mouvement national pour la stabilité et le progrès). Sa carrière culmine avec le poste de président de la Cour administrative suprême (mars 2004-octobre 2010) et celui de médiateur de la République (octobre 2010-juillet 2015).
Ainsi les quatre mandats de juges constitutionnels qui arrivent à échéance cette année (à savoir celles du président Dimiter Tokouchev et des membres Blagovest Pounev, Plamen Kirov et Krassen Stoitchev) ont été renouvelés. Hormis M. Pentchev, les nouveaux entrants à la Cour constitutionnelle sont Filip Dimitrov et Mariana Karaguiozova sur le quota présidentiel (voir notre revue du 16 septembre) et Tania Raïkovska sur le quota des magistrats, tous désignés en septembre dernier. (tous journaux, mediapool.bg)

Le rapport

Selon l’Association de journalistes européens en Bulgarie, « la culture de la pression » est de plus en plus répandue dans les médias bulgares

« La culture de la pression » est de plus en plus répandue dans les médias bulgares ; elle va main dans la main avec une tendance stable de contrôle et de limitation du pluralisme. C’est la conclusion principale du rapport de l’Association des journalistes européens en Bulgarie (AEJ) sur la liberté de la presse. Les résultats sont fondés sur les réponses de 143 journalistes qui ont répondu à un questionnaire préparé par l’AEJ et sur des tables rondes avec la participation de journalistes. C’est la troisième étude sur le sujet, réalisée par l’association (les deux précédentes étant publiées en 2011 et en 2013).

L’état de la liberté des médias est considérée comme « mauvais » par 42% des participants à l’étude : une légère amélioration par rapport à 2013 quand ce résultat s’élevait à 52%. Mais cette amélioration du sentiment de liberté en 2015 se conjugue avec une aggravation de la tendance à l’autocensure et de la concentration de la propriété des médias, commente l’AEJ.

53,8% des journalistes admettent que leur travail déjà fait l’objet d’une pression et qu’il leur est arrivé d’être empêché d’exercer librement leur métier – une hausse de 8% par rapport à 2013. 72% disent qu’ils ont été témoins d’une telle pression exercée sur leurs collègues. Pour la première fois, les interviewés notent une nouvelle forme de pression : la diffamation et les rumeurs sur les journalistes et leur travail (40,6%).

Les sources de pression interne (autocensure, pression de la part de la politique rédactionnelle, pression économique de la part du département financier qui dirige les revenus du média de la publicité) et externe (pression politique, économique et de la part des annonceurs de publicité) sont jugées pareillement répandues et importantes. Du côté externe, la pression économique devance la pression politique. Les sujets économiques et les annonceurs de publicité sont les nouveaux « maîtres du contenu médiatique » (69,2 et 60,8% respectivement), montre le rapport. La pression exercée par les politiciens est montrée de doigt par 67% des journalistes ; celle exercée par les institutions publiques par 42,7%.

Les problèmes principaux pour la liberté de la presse, selon les journalistes, sont : le manque de transparence de la propriété (65,7%), la monopolisation du secteur médiatique (82,5%), la fusion des intérêts politiques et économiques dans la gestion des médias (83,9%), ainsi que le manque de qualification et d’expérience pratique des journalistes (62,9%).

Parmi les mesures à entreprendre proposées par les journalistes pour améliorer la situation figurent : l’adoption de pratiques contre la concentration de la propriété et de la distribution (76,9%), la clarification de la propriété des médias (65,7%), des mesures de qualification et formation des journalistes (60,8%), la création de nouvelles formes de médias indépendants (60,1%). (aej-bulgaria.org, dnevnik.bg)

PDF - 318.7 ko
(PDF - 318.7 ko)

Dernière modification : 09/10/2015

Haut de page