Vendredi 9 septembre

L’élection

A moins de deux mois de la présidentielle, les candidats en lice se présentent

Ces derniers jours, plusieurs partis politiques ont officiellement annoncé leurs candidats à l’élection présidentielle fixée pour le 6 novembre prochain. Aux présidentiables déjà présentés par le PSB (le général Roumen Radev, encore en quête d’un candidat au poste de vice-président) et par l’alliance créée entre le Front patriotique et Ataka (le député Alexandre Karakatchanov et l’avocat Yavor Notev) s’ajoutent de nouveaux noms (voir aussi notre revue du 2 septembre dernier).

Depuis hier, on connaît le nom du tandem présenté par le Bloc réformateur. Les cinq membres du conseil exécutif du Bloc, chacun représentant un des cinq partis en son sein, ont avalisé la candidature de M. Traïtcho Traïkov, ancien ministre de l’économie et de l’énergie dans le premier gouvernement Borissov (au poste de président de la République), et du général Sabi Sabev (au poste de vice-président). Jusqu’au dernier moment, la candidature de M. Traïkov restait problématique du fait de l’obstruction d’un des partis membres, l’Union des forces démocratiques. Au dernier moment, le leader de l’UFD, Bojidar Loukarski, avait sorti une autre candidature, celle du député non-inscrit Grozdan Karadjov, voulant qu’elle soit également soumise au vote. Finalement, c’est M. Traïkov qui a obtenu l’aval de quatre membres du conseil exécutif du Bloc. L’UFD, blâmée, n’avait qu’à souscrire à l’opinion de la majorité. « Je veux donner la chance à tous ceux qui se sentent démocrates, patriotes et euro-atlantistes d’avoir en ma personne un candidat pour qui voter », a déclaré M. Traïkov qui a promis de voter pour lui-même au second tour, s’il se qualifie.

Le tandem de juristes Tatiana Dontcheva, ancienne députée et dissidente PSB (candidate au poste de président de la République), et Mintcho Spassov, ancien député, consacre l’entrée sur scène d’une nouvelle alliance politique en vue de la présidentielle : le petit parti politique Mouvement 21 de Mme Dontcheva s’allie avec celui de l’ancien premier ministre Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, le Mouvement national pour la stabilité et le progrès. L’union est ancrée dans le credo selon lequel l’antagonisme dans la politique bulgare ne peut pas se situer entre la gauche et la droite, mais seulement entre le « statu quo mafieux et oligarchique » et ceux qui le combattent. S’ils sont élus, leur priorité numéro un sera de réviser la Constitution en vue de débloquer la réforme de la justice.

Velizar Entchev, député non-inscrit (élu initialement sur la liste du Front patriotique) et fondateur du nouveau parti Printemps bulgare (dit la « Syriza bulgare ») se présentera en tandem avec la juriste Biliana Grantcharova.

On peut citer, également, dans la liste des candidats déclarés pour la prochaine élection, le couple George Gantchev (ancien député et fondateur du parti Business Bloc) et Kolio Paramov (expert financier) ; le motard Kamen Popov (connu pour avoir poché l’œil à Volen Siderov) avec dans son side-car Gueorgui Nedeltchev, membre du Mouvement des Russophiles.

Le grand absent, toutefois, reste le candidat du principal parti au pouvoir, le GERB. Dans une interview pour Troud, le politologue Antoniï Galabov souligne que la tactique du GERB de prolonger le suspens, trouvée intuitivement ou à bon escient, s’est révélée gagnante. Les forces politiques en Bulgarie, habituées à des campagnes négatives et cherchant toujours à dénigrer l’adversaire, se sont trouvés désarmées par l’absence d’un candidat du GERB. Si les candidats des partis d’opposition avaient une ligne et une image politiques claires à construire, cette absence ne les aurait pas épuisés avant même le lancement de la campagne officielle, relève M. Galabov.

Interrogé sur les chances des différents candidats, il estime que la victoire du GERB n’est pas à contester, mais qu’elle ne viendra qu’au second tour. Très probablement, le candidat de M. Borissov devra mesurer ses forces avec le tandem nationaliste de Krassimir Karakatchanov et Yavor Notev, propulsée par l’actualité nationale et internationale inquiétante, a toutes les chances d’arriver second au premier tour avec un score de 14% à 16% des suffrages exprimés, estime M. Galabov. (tous journaux)

Les annonces

Face à la pression migratoire, Sofia redouble d’efforts pour assurer la protection des frontières

Face au développement de la crise migratoire, Sofia n’entend plus se focaliser sur sa seule frontière avec la Turquie. Elle s’efforce de tenir compte des préoccupations croissantes de la Serbie, et tente de mettre en place une coopération plus poussées avec la Grèce.

Des policiers hongrois et, prochainement, français et allemands aideront les forces serbes à protéger la frontière de leur pays avec la Bulgarie, reprenant les propos du ministre de l’intérieur serbe. Selon Nebojša Stefanović, son gouvernement a déjà conclu un accord avec la Hongrie qui va aider la Serbie à gérer la crise migratoire à ses frontières. Des forces policières étrangères vont « contribuer à la stabilité et à la sécurité des frontières de l’Etat [serbe] », a-t-il déclaré. Le ministre a également confirmé la hausse de la présence policière et militaire aux frontières de son pays avec la Bulgarie et l’ARYM. 

Selon le ministère de la défense serbe, une hausse de la pression migratoire à la frontière avec la Bulgarie a été enregistrée cette dernière semaine. Lors des derniers cinq jours, 1 044 personnes ont essayé de franchir les frontières serbes avec la Bulgarie et l’ARYM, selon cette source.

Ce mercredi, en réponse à une question parlementaire, la ministre de l’intérieur bulgare avait déclaré que le flux migratoire de la Bulgarie vers la Serbie « n’est pas si grand ». « J’ai eu un entretien avec mon collègue serbe et il m’a assuré que le flux de la Bulgarie [vers son pays] n’est pas aussi grand qu’ils [la Serbie] l’avaient annoncé il y a quelques mois », avait ajouté Roumiana Batchvarova.

En réponse à la hausse de la pression migratoire, commente Standart (alors que la police bulgare observe une baisse de cette tendance pendant deux semaines consécutives, voir la revue de presse d’hier), des équipes policières gréco-bulgares protègeront dès la fin de ce mois les frontières bulgaro-turque et bulgaro-grecque. Standart cite le journal grec I Kathimerini, selon lequel cette décision a été prise fin août lors de la visite du ministre de l’intérieur grec à Sofia. Une décision de relancer le projet de centre tripartite bulgaro-gréco-turc au poste Kapitan Andreevo, aux frontières des trois pays, a été également prise.

Le premier ministre bulgare a eu hier trois entretiens téléphoniques concernant la crise migratoire : avec la chancelière allemande et avec les premiers ministres hongrois et serbe. La nécessité de trouver une réponse européenne commune à la crise migratoire qui sera au centre des débats du Sommet sur l’avenir de l’UE à Bratislava a été le sujet principal de son entretien avec Angela Merkel. « L’UE et la Turquie doivent trouver ensemble une solution à leurs problèmes et tous les Etats doivent faire des efforts solidaires pour l’application des accords et des engagements pris », a déclaré Boïko Borissov.

La question migratoire a été également soulevée lors de l’entretien de M. Borissov avec son homologue hongrois. Il a invité Viktor Orbán à visiter la Bulgarie les 13 et 14 septembre, avant le sommet de Bratislava. Les deux premiers ministres visiteront la clôture que la Bulgarie construit à sa frontière avec la Turquie.

M. Borissov et son homologue serbe sont convenus que la coopération bilatérale est indispensable pour sauvegarder la sécurité des citoyens des deux pays dans le contexte de la crise migratoire, annonce le communiqué du service de presse du Conseil des ministres bulgare. (tous journaux)

La Guéguerre

La candidature d’Irina Bokova au poste de secrétaire général des Nations unies sabotée par un conflit bulgaro-bulgare autour de sa personne

Le 9 septembre, date significative pour la Bulgarie (NDR : allusion ironique au coup d’Etat du 9 septembre 1944 contre le gouvernement de Konstantin Mouraviev et à l’instauration du gouvernement du Front patriotique de Kimon Gueorguiev, dominé par le Parti communiste, à la suite de l’entrée de l’Armée rouge en Bulgarie), les représentants permanents des Etats membres du Conseil de sécurité de l’ONU procèderont au quatrième vote indicatif pour départager les candidats au poste de Secrétaire général. A la veille de ce quatrième vote, Svetoslav Terziev de Sega revient sur la candidature bulgare et retrace le jeu pitoyable dont elle fait l’objet depuis un an et demi et de manière ouverte depuis trois mois à la plus grande surprise des diplomates de l’ONU. Sidérés par les tentatives de la Bulgarie de saboter sa propre candidature, ces derniers se demandent ce que veulent les Bulgares, souligne le journaliste.

Les deux camps bulgares « pour » et « contre » la candidature d’Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO ont impliqué également les officiels bulgares.
Depuis janvier 2015, des diplomates bulgares occupant des postes clés ont travaillé pour promouvoir une autre candidature bulgare après la nomination officielle de Mme Bokova par le gouvernement bulgare. Leur plan devenant de plus en plus public et donc trop risqué, ils ont été obligés de revenir en février 2016 à la nomination officielle mais de manière apathique et sans aucun effort en vue de son soutien. Les ambassades bulgares sont restées passives. La candidate, elle-même, a préféré laisser son CV jouer plutôt que de faire trop de bruit autour de sa candidature. Cette démarche d’ « auto-restriction de sa propre campagne » a même provoqué l’étonnement de Dick Roche, ancien ministre irlandais des affaires européennes, qui a cité le dicton de son pays selon lequel « un curé silencieux ne devient pas abbé ».

Mais ce qui est vrai en Irlande ne l’est toutefois pas forcément en Bulgarie. Cette campagne silencieuse a suscité un grand tumulte lorsque, à l’issue du premier vote au Conseil de sécurité, la candidate bulgare est arrivée en troisième position parmi les dix candidats. Agacés, les opposants bulgares à cette candidature, prêts à passer pour délateurs, ont révélé leur identité tentant une fois de plus de dénigrer la candidate de leur pays. Le 25 juillet, tous les Etats membres du Conseil de sécurité de l’ONU et les 58 membres du bureau exécutif de l’UNESCO sont devenus destinataires de la lettre du metteur en scène Evgueni Michaïlov dont l’objectif était de « dénoncer le passé communiste et la personnalité non intègre [d’Irina Bokova] ainsi que son administration dévastatrice de l’UNESCO ».
Cette lettre dont l’impact à New York reste un mystère a suscité de vives réactions de colère en Bulgarie dans le camp des sympathisants de Mme Bokova. Le premier ministre s’est même vu obligé de « sortir de sa léthargie énigmatique » à l’égard de la participation de la Bulgarie à cette grande compétition afin d’envoyer une lettre de demande de soutien aux premiers ministres de cinq Etats membres permanents ou non permanents du Conseil de sécurité.

A l’issue du deuxième vote du 5 août qui « a rétrogradé la candidate bulgare à la cinquième place », la télévision nationale (BNT) a imputé ce résultat à l’impact négatif qu’avait pu avoir la lettre d’Evgueni Michaïlov. Bien qu’on ne soit pas en mesure de vérifier la véracité de cette affirmation, le vote au Conseil de sécurité étant secret, cette affirmation a dû mobiliser dans son propre pays les rangs de ses sympathisants. Une lettre ouverte, signée par 57 écrivains, artistes, journalistes, chercheurs bulgares, est parvenu le 23 août aux représentants permanents des 15 Etats membres du Conseil de sécurité de l’ONU pour leur rappeler que « dans ce contexte difficile, le moment est venu pour que soit nommée à la tête de l’ONU une femme de l’Europe de l’Est comme Irina Bokova qui sait allier la finesse de la soie et la solidité de l’acier ».

Le troisième vote indicatif du 29 août qui a accordé à Mme Bokova la troisième place dans le classement est venu entériner l’impression que les lettres « pour » ou « contre » sa candidature jouent un rôle.

La riposte n’a pas tardé. Le 31 août, des éléments de langage envoyées d’une boîte mail de la Commission européenne ont été diffusés afin de dénigrer Irina Bokova dans les réseaux sociaux et de préparer la participation à la compétition de Kristalina Gueorguieva. La commissaire bulgare a démenti son implication.

Le 6 septembre, dans une nouvelle lettre parvenue au Conseil de sécurité de l’ONU, Metodi Andreev, député du GERB, et six personnes persécutées à l’époque communiste, informent ses membres de l’appartenance à l’ancienne sûreté d’Etat de 95% des 57 intellectuels ayant signé la lettre du 23 août.

Ces passions déclenchées par la candidature bulgare au secrétariat général de l’ONU ne font que démontrer à quel point la Bulgarie est loin de l’Europe, conclut Svetoslav Terziev tout en citant les propos d’Aleko Konstantinov adressés à son personnage Baï Ganio (Ndr. personnage de fiction créé par cet écrivain pour symboliser la caricature du Bulgare de la fin du XIXe siècle, comparé à ses contemporains d’Europe occidentale) : « Je crois fortement qu’un jour après avoir fermé la dernière page de ce livre, tu réfléchiras un instant, laisseras échapper un soupir et te diras : Nous sommes européens mais pas tout à fait ! » (Sega)

Dernière modification : 09/09/2016

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