Visite de travail de M. Emmanuel Macron en Bulgarie

Le Président de la République s’est rendu en Bulgarie ce 25 août pour la première visite d’un Chef de l’Etat français depuis 10 ans.

La visite

Il s’est entretenu à Varna, au domaine d’Euxinograd, avec le Président Roumen Radev puis avec le Premier ministre Boïko Borissov, et a donné deux conférences de presse.

Lors des déclarations à la presse, largement couvertes par les médias français et bulgare, M. Macron a souligné la convergence des positions françaises et bulgares sur trois sujets essentiels : la révision de la directive sur les travailleurs détachés dans le cadre d’une Europe de la convergence économique, sociale et fiscale, la coopération dans le domaine de la défense et de l’Europe de la défense, ainsi que les questions migratoires, notamment la révision de la réglementation européenne sur ce sujet.

Les entretiens très substantiels ont marqué une vision commune de l’avenir de l’Europe. Cette visite a aussi ouvert une nouvelle dynamique sur le plan bilatéral. L’accent a été également mis sur la Francophonie et les relations bilatérales dans le domaine de la culture et de l’éducation.

M. Macron a également rencontré une douzaine de chefs d’entreprises français implantés en Bulgarie, avec lesquels il a échangé sur l’investissement français. Le Président a enfin visité l’Académie navale de Varna et en particulier le simulateur de navigation.

M. Macron était accompagné de Mme Nathalie Loiseau, Ministre chargée des Affaires européennes. La délégation bulgare accompagnant le Premier ministre était composée de Mme Ekaterina Zaharieva, vice-première ministre et ministre des Affaires étrangères, M. Tomislav Dontchev, vice-premier ministre, M. Krassimir Karakatchanov, vice-premier ministre et ministre de la Défense et M. Vladislav Goranov, ministre des Finances.

De son côté, Mme Brigitte Macron, accompagnée par Mme Dessislava Radeva, s’est rendue à Baltchik. Elle a ensuite visité la ville de Varna.

Diaporama

Déclaration conjointe de M. Emmanuel Macron, président de la République, et de M. Roumen Radev, président de la République de Bulgarie - Propos de M. Macron (Varna, 25 août 2017)

Merci beaucoup Monsieur le Président, je vous remercie et vous dis combien je suis h eureux d’être parmi vous aujourd’hui, pour cette journée de travail et d’amitié. Comme vous l’avez souligné, cela fait aujourd’hui 10 ans qu’un président de la République n’était pas venu dans votre pays, 10 ans c’est trop et notre souhait à l’un et à l’autre, c’est bien de redonner une vitalité à la relation entre nos deux pays.

Vous avez parfaitement rappelé la nature de nos discussions sur le plan bilatéral. Nous avons aujourd’hui une relation intense qui repose sur les échanges de personnes, d’élèves, d’étudiants. Le lien est créé aussi par la francophonie que nous allons continuer à maintenir, également par la présence économique forte mais encore à développer entre nos deux pays. En matière industrielle, de politique de défense, de numérique aussi, je souhaite que nos relations puissent encore s’intensifier. Il y a plusieurs discussions en cours, plusieurs situations industrielles que vous avez rappelées et qui sont en train d’évoluer favorablement.

Cette visite a aussi pour objet de vous dire que nous sommes pleinement mobilisés pour que sur l’ensemble de ces sujets, les entreprises françaises soient davantage présentes, que les projets de création d’usines dans votre pays, de développement de contrats puissent se faire, c’est la volonté qui est la mienne. Cette coopération bilatérale s’appuie enfin sur des relations que nous allons intensifier, entre nos administrations, nos armées, nos experts, également en vue de la préparation de la présidence bulgare de l’Union européenne. Et sur tous ces points, je pense que les très bonnes relations qui existent par exemple - et vous pouvez en témoigner - entre nos armées peuvent encore être améliorées pour aller plus loin dans la qualité de la relation bilatérale.

Cette relation s’appuie évidemment également sur nos projets européens communs ; et ce cadre qui est le nôtre aujourd’hui dans l’Union européenne. Nous avons ainsi évoqué les sujets de court-terme sur lesquels ensemble, nous pouvons faire avancer les choses. Et pour aller dans le sens d’une Europe qui protège davantage nos concitoyens et qui, de manière très concrète, répond davantage à leurs attentes. Et à ce titre, je dois dire que nous avons dans nos échanges une vraie convergence de vue sur trois sujets essentiels. Le premier, vous l’avez évoqué, c’est la question de la révision de la directive travailleurs détachés et je veux vous remercier pour les propos très clairs que vous venez de tenir contre le dumping social et pour qu’ensemble, nous puissions œuvrer à une Europe de la convergence sociale et fiscale.

Vous avez parfaitement rappelé la finalité qui est derrière cette révision, pour l’ensemble de nos pays c’est que nos travailleurs vivent mieux, soient mieux rémunérés et que les standards de qualité de vie dans l’ensemble de nos pays soient améliorés. Et donc merci pour vos propos très clairs sur cet aspect.

Sur la défense, c’est le deuxième point de convergence, Monsieur le Président est plus expert que moi compte tenu de ses qualifications et responsabilités anciennes. Nous avons je crois là aussi une vraie volonté d’avancer ensemble. Je souhaite que nos deux pays puissent travailler techniquement dans les prochaines semaines et les prochains mois, dans le cadre de la coopération structurée permanente qui a été décidée en juin dernier ; et que sur le plan des coopérations opérationnelles, des choix capacitaires, nous puissions avancer ensemble pour davantage intégrer nos modèles de défense.

Et là aussi sur ce sujet depuis tant d’années, nous n’osions plus parler d’une Europe de la défense, maintenant non seulement nous devons en parler mais nous devons avoir une approche très pragmatique. Nous avons évoqué la situation géopolitique de la Bulgarie et combien il est important que cette Europe de la défense corresponde justement aux réalités géopolitiques que vous vivez. Je considère que c’est notre responsabilité et qu’aujourd’hui, ce que nous devons définir ensemble ce sont les voies et moyens pour protéger notre continent et votre pays face à toutes les menaces qui peuvent exister.

Enfin le troisième point de court-terme sur lequel, je crois, nous avons un véritable accord, c’est le sujet des migrations et des contrôles. Nous devons revoir la réglementation européenne qui aujourd’hui régit ces sujets, tant elle a été mise en défaut en 2015 au moment de la crise migratoire ; et il est essentiel que nous puissions accélérer, clarifier les discussions en matière de protection extérieure des frontières, de gestion commune de l’asile et de tout ce qui renforcera notre capacité commune à répondre au défi migratoire. Deuxièmement, nous sommes aussi d’accord pour dire que la Bulgarie a répondu à l’ensemble des attentes et des critères qui avaient été fixés pour intégrer l’espace Schengen. Et mon souhait est que nous puissions réviser rapidement en profondeur l’ensemble de ces règles ; et que la Bulgarie soit pleinement associée à cette révision pour devenir membre à part entière du nouveau Schengen que nous devons faire émerger dans les prochains mois.
Enfin, nous avons évoqué nos convergences de vue sur les projets à venir en matière de refondation de l’Union européenne. Je souhaite en effet prendre des initiatives concrètes et fortes avant la fin de l’année sur ce sujet. Et nous avons donc couvert l’ensemble des éléments stratégiques de cette initiative ; et je veux ici dire la convergence de vue qui existe entre nous et mon souhait d’associer pleinement la Bulgarie dans cette initiative.

L’Union européenne doit en effet savoir donner des perspectives d’intégration claires et concrètes aux pays des Balkans occidentaux. Et je partage votre point de vue sur ce sujet, je souhaite que notre Union européenne, comme une communauté de valeurs et d’intérêts, puisse ancrer les Balkans occidentaux dans ce qu’elle est aujourd’hui.
Et nous avons aussi besoin de renforcer l’intégration, les avancées, la capacité à apporter les réponses concrètes, comme celles que nous évoquions il y a un instant, à nos concitoyens. Nous avons aussi besoin d’avoir un cœur d’Europe qui avance plus vite, de manière plus forte et, donc, de définir d’ici la fin de l’année les lignes de force de cette feuille de route, de pouvoir se concerter plus démocratiquement avec nos opinions publiques et avancer ensemble.

À cet égard, je souhaite que nos deux pays travaillent pleinement main dans la main. Vous avez rappelé tous les efforts faits par la Bulgarie pour rentrer dans la zone euro, mon souhait c’est que la Bulgarie soit un partenaire de cette redéfinition, avec des cercles de convergence dans lesquels vous aurez une part pleine et entière.

Nous sommes ici dans ce lieu magnifique, Mesdames et Messieurs, à un peu plus de deux heures de la Crimée, un peu plus de deux heures de la Turquie. Ce qui vous montre combien nous sommes ici au cœur des réalités géopolitiques et des enjeux extérieurs de l’Europe.

C’est ce qui rend parfaitement tangible la force, la nécessité de la relation entre nos deux pays. Monsieur le président Radev, je veux encore vous remercier pour l’échange que nous avons eu, l’accueil que votre épouse et vous-même nous avez réservé aujourd’hui dans votre pays./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Déclaration conjointe de M. Emmanuel Macron, président de la République et de M. Boïko Borissov, Premier ministre de Bulgarie - Propos de M. Macron (Varna, 25 août 2017)

Monsieur le Premier ministre, cher Boïko,

Je dois dire que si je suis ici aujourd’hui, c’est parce que non seulement j’ai reçu le Premier ministre, Boïko Borissov, parmi les premiers dirigeants européens à Paris après mon élection, mais qu’il a eu l’amitié de lancer cette invitation à laquelle je suis heureux de répondre aujourd’hui.

Et je dois dire que j’ai, depuis le début, pu mesurer l’engagement de Boïko Borissov pour une pleine participation de la Bulgarie dans l’Union européenne, dans tous ses projets et au cœur de tous ses défis et c’est bien de cela dont nous avons parlé aujourd’hui.

Nous avons pu ainsi, sur le plan bilatéral, évoquer les nombreux sujets en cours : le développement de l’enseignement de la langue française, nos coopérations économiques, industrielles et en matière de défense. Et nous sommes actés d’ailleurs de plusieurs avancées avec la volonté, dans cet esprit partenarial, d’aller plus loin dans la relation et donc de pouvoir conclure dans les prochaines semaines plusieurs contrats qui sont en cours.

Et notre volonté partagée à cet égard est bien qu’il puisse y avoir une approche partenariale, c’est-à-dire aussi la création d’emplois industriels et de développement pour la Bulgarie sur ces accords. Et dans ce cadre, les ministres compétents, en particulier les ministres de la défense et de l’économie, se rendront à Paris dans les prochaines semaines où ils pourront échanger et finaliser ces discussions avec leurs homologues français et les entreprises.

Sur les sujets européens, comme je le disais à l’instant, le Premier ministre est pleinement engagé pour faire de la Bulgarie un partenaire plein et entier, de premier rang, et la volonté de la France est d’en faire de même. Et donc, nous allons dès aujourd’hui en tirer les conséquences concrètes.

Première conséquence concrète, d’ici octobre, nous finaliserons ensemble l’accord qui permettra d’arriver à une solution positive pour tout le monde sur la directive des travailleurs détachés et qui permettra de mettre fin au dumping social en Europe.
Et sur ce point-là, il faut être très concret et très précis. Le Premier ministre me disait lui-même qu’il avait du mal à trouver des travailleurs bulgares pour les entreprises de transport public à Sofia.

Pourquoi ? Parce qu’il y a des entreprises françaises, allemandes, autrichiennes qui vont embaucher ces travailleurs bulgares payés à peine plus que le prix en Bulgarie mais beaucoup moins que les travailleurs français, utilisant l’Europe à mauvais escient et tirant tout le monde vers le bas.

Et donc le travail détaché n’est bon pour aucune économie tel qu’il est utilisé aujourd’hui et n’est pas bon pour les salariés quels qu’ils soient parce qu’il est aujourd’hui l’objet d’une forme de perversion où tout le monde est tiré vers le moins disant social.

Notre volonté, c’est donc de pouvoir le limiter dans le temps, avoir un principe simple qui est que dans le même pays, « à travail égal, salaire égal » et de pouvoir renforcer de manière européenne et bilatérale les contrôles pour lutter contre toutes les dérives.
À côté de cette directive, il y a une autre discussion qui aura à se poursuivre dans les mois à venir sur les transports routiers et il ne faut pas confondre ces deux sujets de manière abusive.

Et donc je vais être extrêmement imagé pour que les choses soient claires pour tout le monde : que des transporteurs français embauchent des salariés européens, en particulier bulgares, en les payant au coût bulgare en France, non ; que des transporteurs bulgares puissent, avec des salariés bulgares ou européens, se développer en Europe en respectant les règles du cabotage européen qui feront l’objet de discussions à venir, fonctionner et prospérer dans ces règles et nos équilibres, oui.
Deuxième accord entre nous pour être conséquent et faire pleinement de la Bulgarie ce partenaire que j’évoquais, je soutiendrai la volonté du Premier ministre, Boïko Borissov, de rentrer dans cette antichambre de la zone euro parce que, compte tenu aujourd’hui des efforts qui ont été faits par le pays et l’économie bulgare, cette demande est légitime. Et je souhaite que la Bulgarie soit une économie pleinement arrimée à la zone euro et puisse, comme nous sommes en train de le faire sur le plan social, travailler aussi aux convergences économique et financière avec la zone euro et les pays les plus développés de l’Europe.

En sortant de l’hypocrisie sur ces deux sujets ensemble aujourd’hui, nous décidons, d’une part, d’aller au bout de ce qui s’appelle un partenariat, au-delà des mots, et nous mettons fin à l’une des frontières qui, aujourd’hui, existent trop souvent dans notre Europe entre Est/Ouest, zone euro/hors zone euro. Si je dis que la Bulgarie est un partenaire, elle doit l’être pour lutter contre le dumping social, elle doit l’être pour une plus grande intégration économique et financière.

Notre souhait est aussi de pouvoir poursuivre le travail pour définir les termes précis de la coopération structurée permanente en matière de défense entre nos pays. Et donc, au-delà de ce qui a commencé à être fait avec l’Allemagne et plusieurs autres partenaires, le souhait de la Bulgarie est de pleinement s’intégrer à cette Europe de la défense. Et nous avons aussi acté d’une volonté commune d’avancer justement sur l’évolution de la réglementation en matière de migration. Depuis 2011, la Bulgarie respecte les règles et aurait dû rentrer dans l’espace Schengen.

Nous avons aujourd’hui des réformes profondes qui sont à conduire. Et donc ce dont nous sommes convenus, c’est que nous devons accélérer ce travail de révision en profondeur des textes européens en matière de contrôle des frontières extérieures, de contrôle des migrations, des règles d’asile et, dans le cadre de ce nouveau Schengen, pouvoir donner la place de partenaire plein et entier à la Bulgarie.

Enfin, d’ici à la fin de l’année, je souhaite que nous prenions des initiatives concrètes pour faire avancer l’Union européenne et la zone euro vers plus d’ambition et plus d’intégration et, à ce titre, que la Bulgarie puisse être pleinement associée à cette initiative. Et donc nous continuerons, avec le Premier ministre, nos échanges, nos vues croisées et notre travail conjoint à cet effet.

La Bulgarie est aux avant-postes de l’Union européenne, face à ses défis géopolitiques, face aux menaces, aux incertitudes, au défi migratoire que l’Europe a connu et qu’elle continuera à connaître dans les années qui viennent et dans une région de l’Europe qui a été beaucoup déstabilisée et dont parfois plusieurs États membres se mettent à douter de leur adhésion au projet.

À cet égard et dans ce contexte, la Bulgarie a fait le choix de l’exemplarité, de la convergence, de la solidité et d’une volonté constamment réaffirmée de travailler avec l’ensemble des États membres de l’Union européenne, mais pour être aux avant-postes de cette Europe. C’est cela dont nous avons aujourd’hui discuté et c’est cela dont nous avons commencé à tirer toutes les conséquences avec le Premier ministre, mon ami Boïko Borissov.

Merci Boïko pour ces échanges et maintenant, il nous reste à faire./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Dernière modification : 29/08/2017

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